Friday, 23 November 2012

P.S., I am a Witch...


P.S., I am a witch and I have conjured you
For my bidding
And all my charms and all my accidents
Are all just instruments to lock you up

How could I know my spell was broke?
I am nothing like the girl you thought I was
Without your love

How could I haunt you? Keep you close?
When you can see my seams
The fraying of my dress, I am defenseless

Yes, I am a carnival, a house of mirrors
And I will con you
And all my tricks, and all my magic
Will keep you dizzy with desire

How could I know my spell was broke?
I am nothing like the girl you thought I was
Without your love

How could I haunt you? Keep you close?
When you can see the seams
The fraying of my dress, I am defenseless

How could I know my spell was broke?
I am nothing like the girl you thought I was
Without your love

How could I haunt you? Keep you close?
When you can see the seams
The fraying of my dress, I am defenseless

The Bird and the Bee, Witch

Witch by The Bird and the Bee on Grooveshark

Thursday, 8 November 2012

Le voyage...


Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent
Pour partir, coeurs légers, semblables aux ballons,
De leur fatalité jamais ils ne s'écartent,
Et, sans savoir pourquoi, disent toujours : Allons !

Ceux-là dont les désirs ont la forme des nues,
Et qui rêvent, ainsi qu'un conscrit le canon,
De vastes voluptés, changeantes, inconnues,
Et dont l'esprit humain n'a jamais su le nom !(...)

Etonnants voyageurs ! quelles nobles histoires
Nous lisons dans vos yeux profonds comme les mers !
Montrez-nous les écrins de vos riches mémoires,
Ces bijoux merveilleux, faits d'astres et d'éthers.

Nous voulons voyager sans vapeur et sans voile !
Faites, pour égayer l'ennui de nos prisons,
Passer sur nos esprits, tendus comme une toile,
Vos souvenirs avec leurs cadres d'horizons.

Dites, qu'avez-vous vu ?

Charles Baudelaire, Le voyage



Monday, 5 November 2012

À titre de consolation pour le monde...


Les maisons contiennent tant et tant d’objets de leur faîte jusqu’à leurs fondations
pleines de bêtes rongeuses fabriquant des terriers qui en rejoignent d’autres dans
les champs. Devant un feu, un homme est souvent encore installé. Entre le mur
et l’armoire tremble à peine une toile d’araignée. Cherchez dans les tiroirs,
vous trouverez le crayon charbonneux, la plume qui représente une tête de mort,
la gomme pour effacer à veines rouges, le grain de poivre ridé, le blé empoisonné
destiné aux rats, de la cire à cacheter, du papier d’Arménie. Des multitudes
d’oiseaux chantent dans les arbres du jardin à titre de consolation pour le monde.

Jean Follain, Tout instant



Sunday, 4 November 2012

Toujours pour la première fois...


Merci Alessandra pour ces notes du voyage...

Toujours pour la première fois
C’est à peine si je te connais de vue
Tu rentres à telle heure de la nuit dans une maison
oblique à ma fenêtre
Maison tout imaginaire
C’est là que d’une seconde à l’autre
Dans le noir intact
Je m’attends à ce que se produise une fois de plus la
déchirure fascinante
La déchirure unique...

André Breton, Toujours pour la première fois, L’air de l’eau

Musique: Alessandra Celetti
Et... Hans Joachim Roedelius



Friday, 2 November 2012

Il y a toujours un rêve qui veille...


(Le Phénix, 1951)

Et un sourire

La nuit n'est jamais complète
Il y a toujours puisque je le dis
Puisque je l'affirme
Au bout du chagrin une fenêtre ouverte
Une fenêtre éclairée
Il ya toujours un rêve qui veille
Désir à combler faim à satisfaire
Un coeur généreux
Une main tendue une main ouverte
Des yeux attentifs
Une vie à se partager.

Paul Éluard

Wednesday, 31 October 2012

Que les fins de journées d’automne sont pénétrantes...

Que les fins de journées d’automne sont pénétrantes ! Ah ! pénétrantes jusqu’à la
douleur ! car il est de certaines sensations délicieuses dont le vague n’exclut pas
l’intensité ; et il n’est pas de pointe plus acérée que celle de l’Infini...

Charles Baudelaire, Le Confiteor de l’artiste, Petits poèmes en prose, 1869.



Sunday, 28 October 2012

Les esprits dans les fleurs de chardon-ogre...

Les gens pauvres
peuvent voir aussi les esprits
dans les fleurs de chardon-ogre

Seigneur ermite, L'intégrale des haïkus, Bashô. Edition bilingue par Makoto Kemmoku & Dominique Chipot.



Saturday, 6 October 2012

The Moods...

Time drops in decay,
Like a candle burnt out,
And the mountains and the woods
Have their day, have their day;
What one in the rout
Of the fire-born moods
Has fallen away?

William Butler Yeats, The Moods



Wednesday, 19 September 2012

A Thing of Beauty...


Nor do we merely feel these essences
For one short hour; no, even as the trees
That whisper round a temple become soon
Dear as the temple's self, so does the moon,
The passion poesy, glories infinite,
Haunt us till they become a cheering light
Unto our souls, and bound to us so fast
That, whether there be shine or gloom o'ercast,
They always must be with us, or we die.

John Keats, A Thing of Beauty is a Joy Forever


Insonia. Tiago Sousa.

Sunday, 16 September 2012

There’s a certain Slant of light...


There’s a certain Slant of light,
Winter Afternoons―
That oppresses, like the Heft
Of Cathedral Tunes―

Heavenly Hurt, it gives us―
We can find no scar,
But internal differences,
Where the meanings are―

None may teach it―Any―
Tis the Seal Despair―
An imperial affliction
Sent us of the Air―

When it comes, the Landscape listens―
Shadows―hold their breath―
When it goes, ‘tis like the Distance
On the look of Death―

Emily Dickinson, There's a certain Slant of light

Friday, 10 August 2012

Sens-tu monter vers toi l'odeur de l'herbe lasse...?


Une tendre langueur s'étire dans l'espace ;
Sens-tu monter vers toi l'odeur de l'herbe lasse ?
Le vent mouillé du soir attriste le jardin ;
L'eau frissonne et s'écaille aux vagues du bassin
Et les choses ont l'air d'être toutes peureuses...

Anna de NOAILLES, Soir d'été

Southbound To Marion by Rachel's on Grooveshark

Thursday, 9 August 2012

Mysteries of Life...


Entrons dans l'herbe florissante
Où le soleil fait des chemins
Que caressent, comme des mains,
Les ombres des feuilles dansantes.

Respirons les molles odeurs
Qui se soulèvent des calices,
Et goûtons les tristes délices
De la langueur et de l'ardeur.

Que nos deux âmes balancées
Se donnent leurs parfums secrets,
Et que le douloureux attrait
Joigne les corps et les pensées...

L'été, dans les feuillages frais,
S'ébat, se délasse et s'enivre...

Anna de Noailles, La tristesse dans le parc, Le coeur innombrable.

Mysteries of Life by Clogs on Grooveshark

Monday, 6 August 2012

Where the place called morning lies...



WILL there really be a morning?
Is there such a thing as day?
Could I see it from the mountains
If I were as tall as they?

Has it feet like water-lilies?
Has it feathers like a bird?
Is it brought from famous countries
Of which I have never heard?

Oh, some scholar! Oh, some sailor!
Oh, some wise man from the skies!
Please to tell a little pilgrim
Where the place called morning lies!

Emily Dickinson (1830–86). Complete Poems. 1924.
Part Two: Nature, II
You Never Know by John Surman on Grooveshark

Friday, 3 August 2012

Hommage à Imogen Cunningham...



Et lorsque de ce rêve
Qui jamais ne s’achève
Mon esprit est lassé,
J’écoute de la source
Arrêtée en sa course
Gémir le flot glacé,
Gazouiller la fauvette
Et chanter l’alouette
Au milieu d’un ciel pur ;
Puis je m’endors tranquille
Sous l’ondoyant asile
De quelque ombrage obscur.

Théophile Gautier, Premières Poésies

Symphonique #3 (Ode to Venus) by Moondog on Grooveshark

Tuesday, 26 June 2012

One Faith...



Le refuge de l'autre et le désir sans cesse renouvelé de s'y retrouver.
Espace. Cette chose ténue entre la peau d'amour, trois notes, deux gouttes de pluie entre les âmes ou entre les étoiles.
Fraise sauvage. Qu'on cueille sur la joue d'un baiser dans le cou. L'été.
Temps. Ce qu'on ne sait pas, qui bat par quatre parfois et fait la fête des heures tranquilles les matins de janvier entre les jours d'hiver.
Toi. Synonyme d'espace et de lumière peut-être.
Manque. Ce qu'on ne connait pas mais qu'on sait.
Pluie numéro 2. Parfum d'été. Haute Saison.
Guimauve. Fruit qui pousse sur les flammes. De juin à octobre.
Dessin. Lignes sur la mémoire qui font des souvenirs. Lignes sur le corps du bout du doigt. Notes longues pour la rétine. Frissons, selon le regard.
Quai. Ce qui nous garde libre. Sans frontières.
Constance. Petite chose que l'on glisse entre les rêves pour les garder en vie.
Silence. Ce lieu où je te sais vraiment.
Frontières. Ce qui te fait créer et t'emprisonne. Souvent, elles t'appartiennent.
Souvenir. Les surprises dans les boites de Cracker Jack.
Sommeil. Ce qui tarde parfois. Ce qui vient trop vite sinon. Et l'amour....? =)
L'amour...? Cueille les guimauves....

The Secret Fluid of Dusk by Tin Hat on Grooveshark

Saturday, 23 June 2012

Pour attendre l'aurore...



Gaëna da Sylva est heureuse d'annoncer la publication du livre «Pour attendre l'aurore».

~~~~~~~~~~~~
Textes : Gaëna da Sylva
Illustrations: Charlie Beresford
Des mots au fil des ans. Des années quatre-vingt-dix à maintenant. Lecture de jour. Lecture de nuit. Dans la clarté et son obscurité.

Et le voyage imagé par le trait du crayon. Les dessins de Charlie Beresford se sont glissés entre les pages, ouvrant les horizons de paysages lointains, si près.

Sites:
www.gaenadasylva.com
www.charlieberesford.tumblr.com

Friday, 8 June 2012

Dreams...


LET me not mar that perfect dream
By an auroral stain,
But so adjust my daily night
That it will come again.

Emily Dickinson, II. Love, XIX. Dreams

Mimosa by John Surman on Grooveshark

Wednesday, 30 May 2012

I ache for the touch of your lips, dear...

I ache for the touch of your lips, dear,
But much more for the touch of your whips, dear.
You can raise welts
Like nobody else,
As we dance to the masochism tango...

At your command
Before you here I stand,
My heart is in my hand. ecch!
It's here that I must be.
My heart entreats,
Just hear those savage beats,
And go put on your cleats
And come and trample me.
Your heart is hard as stone or mahogany,
That's why I'm in such exquisite agony.

My soul is on fire,
It's aflame with desire...

The Masochism Tango

Saturday, 26 May 2012

Avec un autre bruit...

Les portes glissent
Avec un autre bruit
Les matins de printemps

Tsutsui Rika, Grand Almanach Poétique Japonais
Traduction et adaptation par Alain Kevern

Ohimè, dov'è il mio ben (prima parte) by Sonia Wieder-Atherton on Grooveshark

Monday, 21 May 2012

I wonder what it feels like to be drowned?

Look at my knees,
That island rising from the steamy seas!
The candles a tall lightship; my two hands
Are boats and barges anchored to the sands,
With mighty cliffs all round;
They’re full of wine and riches from far lands….
I wonder what it feels like to be drowned?

I can make caves,
By lifting up the island and huge waves
And storms, and then with head and ears well under
Blow bubbles with a monstrous roar like thunder,
A bull-of-Bashan sound.
The seas run high and the boats split asunder….
I wonder what it feels like to be drowned?

The thin soap slips
And slithers like a shark under the ships.
My toes are on the soap-dish—that’s the effect
Of my huge storms; an iron steamer’s wrecked.
The soap slides round and round;
He’s biting the old sailors, I expect….
I wonder what it feels like to be drowned?

Robert Graves, I Wonder What It Feels Like To Be Drowned?

the blue-skinned waltz by Rachel's on Grooveshark

Sunday, 20 May 2012

And kiss the crumbling window-sill, through the window I can see...

Here in turn succeed and rule
Carter, smith, and village fool,
Then again the place is known
As tavern, shop, and Sunday-school;
Now somehow it’s come to me
To light the fire and hold the key,
Here in Heaven to reign alone.

All the walls are white with lime,
Big blue periwinkles climb
And kiss the crumbling window-sill;
Snug inside I sit and rhyme,
Planning, poem, book, or fable,
At my darling beech-wood table
Fresh with bluebells from the hill.

Through the window I can see
Rooks above the cherry-tree,
Sparrows in the violet bed,
Bramble-bush and bumble-bee,
And old red bracken smoulders still
Among boulders on the hill,
Far too bright to seem quite dead.

But old Death, who can’t forget,
Waits his time and watches yet,
Waits and watches by the door.
Look, he’s got a great new net,
And when my fighting starts afresh
Stouter cord and smaller mesh
Won’t be cheated as before.

Nor can kindliness of Spring,
Flowers that smile nor birds that sing,
Bumble-bee nor butterfly,
Nor grassy hill nor anything
Of magic keep me safe to rhyme
In this Heaven beyond my time.
No! for Death is waiting by.

Robert Graves, The Cottage

Seratonin by Rachel's on Grooveshark

Friday, 18 May 2012

How naked go the sometimes nude...

For me, the naked and the nude
(By lexicographers construed
As synonyms that should express
The same deficiency of dress
Or shelter) stand as wide apart
As love from lies, or truth from art.

Lovers without reproach will gaze
On bodies naked and ablaze;
The Hippocratic eye will see
In nakedness, anatomy;
And naked shines the Goddess when
She mounts her lion among men.

The nude are bold, the nude are sly
To hold each treasonable eye.
While draping by a showman's trick
Their dishabille in rhetoric,
They grin a mock-religious grin
Of scorn at those of naked skin.

The naked, therefore, who compete
Against the nude may know defeat;
Yet when they both together tread
The briary pastures of the dead,
By Gorgons with long whips pursued,
How naked go the sometimes nude!

Robert Graves, The Naked And The Nude

M. Daguerre by Rachel's on Grooveshark

Sunday, 13 May 2012

Perles d'une pluie...

Aux branches mortes
Perles d'une pluie de printemps
Rondeur du jour

Takahama Kyoshi, Grand Almanach Poétique Japonais
Traduction et adaptation par Alain Kevern

Friday, 11 May 2012

Sanctuaire du silence...

Paix
Sanctuaire du silence
Dont j'ai fait le tour

Taigi, Grand Almanach Poétique Japonais
Traduction et adaptation par Alain Kevern

Thursday, 10 May 2012

Sous un voile de lune...

Sous un voile de lune
ombre de fleur
ombre de femme!

Sôseki Natsume, 1867-1916

Lotus by Suilen on Grooveshark

Monday, 7 May 2012

But she breaks just like a little girl...

Nobody feels any pain
Tonight as I stand inside the rain
Everybody knows that baby's got new clothes
But lately I see her ribbons and her bows
Have fallen from her curls

She takes just like a woman, yes, she does
And she makes love just like a woman, yes, she does
And she aches just like a woman
But she breaks just like a little girl

Queen Mary, she's my friend
Yes, I believe, I'll go see her again
Nobody has to guess that baby can't be blessed
Till she finally sees that she's like all the rest
With her fog, her amphetamine and her pearls

She takes just like a woman, yes, she does
And she makes love just like a woman, yes, she does
And she aches just like a woman
But she breaks just like a little girl

It was raining from the first
And I was dying there of thirst, so I came in here

When your longtime curse hurts
But what's worse is this pain in here
I can't stay in here, ain't it clear that
I just can't fit?
Yes, I believe it's time for us to quit
When we meet again introduced as friends
Please don't let on that you knew me when
I was hungry and it was your world

Ah, you fake just like a woman, yes, you do
And you make love just like a woman, yes, you do
Then you ache just like a woman
But you break just like a little girl

Charlotte Gainsbourg, Just like a woman (Bob Dylan...)

Just Like A Woman by Gainsbourg, Charlotte And Calexico on Grooveshark

Friday, 4 May 2012

C’est alors qu’apparut le renard...

C’est alors qu’apparut le renard :
« Bonjour, dit le renard.
— Bonjour, répondit poliment le petit prince, qui se tourna mais ne vit rien.
— Je suis là, dit la voix, sous le pommier...

— Qui es-tu ? dit le petit prince. Tu es bien joli…
— Je suis un renard, dit le renard.
— Viens jouer avec moi, lui proposa le petit prince. Je suis tellement triste…
— Je ne puis pas jouer avec toi, dit le renard. Je ne suis pas apprivoisé.
— Ah ! pardon », fit le petit prince.
Mais après réflexion, il ajouta :
« Qu’est-ce que signifie « apprivoiser » ?

— C’est une chose trop oubliée, dit le renard. Ça signifie « Créer des liens… »
— Créer des liens ?
— Bien sûr, dit le renard. Tu n’es encore pour moi qu’un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. Et je n’ai pas besoin de toi. Et tu n’a pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu’un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde…
— Je commence à comprendre, dit le petit prince. Il y a une fleur… je crois qu’elle m’a apprivoisé…
— C’est possible, dit le renard. On voit sur la Terre toutes sortes de choses…

« Ma vie est monotone. Je chasse les poules, les hommes me chassent. Toutes les poules se ressemblent, et tous les hommes se ressemblent. Je m’ennuie donc un peu. Mais si tu m’apprivoises, ma vie sera comme ensoleillée. Je connaîtrai un bruit de pas qui sera différent de tous les autres. Les autres pas me font rentrer sous terre. Le tien m’appellera hors du terrier, comme une musique. Et puis regarde ! Tu vois, là-bas, les champs de blé ? Je ne mange pas de pain. Le blé pour moi est inutile. Les champs de blé ne me rappellent rien. Et ça, c’est triste ! Mais tu a des cheveux couleur d’or. Alors ce sera merveilleux quand tu m’auras apprivoisé ! Le blé, qui est doré, me fera souvenir de toi. Et j’aimerai le bruit du vent dans le blé… »
Le renard se tut et regarda longtemps le petit prince :
« S’il te plaît… apprivoise-moi ! dit-il.
— Je veux bien, répondit le petit prince, mais je n’ai pas beaucoup de temps. J’ai des amis à découvrir et beaucoup de choses à connaître.
— On ne connaît que les choses que l’on apprivoise, dit le renard.

— Que faut-il faire ? dit le petit prince.
— Il faut être très patient, répondit le renard. Tu t’assoiras d’abord un peu loin de moi, comme ça, dans l’herbe. Je te regarderai du coin de l’œil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais, chaque jour, tu pourras t’asseoir un peu plus près… »
Le lendemain revint le petit prince.

« Il eût mieux valu revenir à la même heure, dit le renard. Si tu viens, par exemple, à quatre heures de l’après-midi, dès trois heures je commencerai d’être heureux. Plus l’heure avancera, plus je me sentirai heureux. À quatre heures, déjà, je m’agiterai et m’inquiéterai ; je découvrira le prix du bonheur ! Mais si tu viens n’importe quand, je ne saurai jamais à quelle heure m’habiller le cœur… il faut des rites.
— Qu’est-ce qu’un rite ? dit le petit prince.
— C’est aussi quelque chose de trop oublié, dit le renard. C’est ce qui fait qu’un jour est différent des autres jours, une heure, des autres heures. Il y a un rite, par exemple, chez mes chasseurs. Ils dansent le jeudi avec les filles du village. Alors le jeudi est jour merveilleux ! Je vais me promener jusqu’à la vigne. Si les chasseurs dansaient n’importe quand, les jours se ressembleraient tous, et je n’aurais point de vacances. »
Ainsi le petit prince apprivoisa le renard. Et quand l’heure du départ fut proche :
« Ah ! dit le renard… je pleurerai.
— C’est ta faute, dit le petit prince, je ne te souhaitais point de mal, mais tu as voulu que je t’apprivoise…
— Bien sûr, dit le renard.
— Mais tu vas pleurer ! dit le petit prince.
— Bien sûr, dit le renard.
— Alors tu n’y gagnes rien !
— J’y gagne, dit le renard, à cause de la couleur du blé. »

Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince

Wednesday, 2 May 2012

Le soleil dardait ses rayons... de bicyclette...

Je m'en allais chercher des oies
Du côté de Fouilly les oies
A bicyclette.
Soudain, qui vois-je devant moi ?
Une belle fille au frais minois
A bicyclette.
En arrivant à sa hauteur
J'y fais un sourire enchanteur
A bicyclette.
Elle rit aussi, on parle alors
Et elle me dit dans nos transports
A bicyclette :

"Est-ce que vous êtes coureur ?
- Non j'ne suis pas coureur.
- Ah ! c'que vous êtes menteur !
- Moi, je suis balayeur.
- Avez-vous fait le tour ?
- Tour de France Non mais j'ai fait des tours Des détours des contours Et même d'autres tours...
"Des tours de quoi ?", qu'em'dit.
- Des tours d'vélo pardi !
- Vous êtes un blagueur. Ah ! c'que vous êtes coureur !

Vous parlez d'un raisonnement.
Pfé ! Dans les champs chantaient les grillons
Le soleil dardait ses rayons
De bicyclette.
Elle voulait que je chante un brin
Mais à cela j'ai mis un frein
De bicyclette.
Près d'un tournant y avait un bois
Où l'on se dirigea, ma foi
A bicyclette.
Mais comme elle roulait près de moi
Voilà qu'em'fait presqu'à mi-voix A bicyclette...

Sunday, 29 April 2012

Les sentiments apparents...

Les sentiments apparents
La légèreté d'approche
La chevelure des caresses.
Sans soucis sans soupçons
Tes yeux sont livrés à ce qu'ils voient
Vus par ce qu'ils regardent.
Confiance de cristal
Entre deux miroirs
La nuit tes yeux se perdent
Pour joindre l'éveil au désir.

Paul Éluard, Nusch

Thursday, 26 April 2012

À perte de vue dans le sens de mon corps...

Tous les arbres toutes leurs branches toutes leurs feuilles
L'herbe à la base les rochers et les maisons en masse
Au loin la mer que ton oeil baigne
Ces images d'un jour après l'autre
Les vices les vertus tellement imparfaits
La transparence des passants dans les rues de hasard
Et les passantes exhalées par tes recherches obstinées
Tes idées fixes au coeur de plomb aux lèvres vierges
Les vices les vertus tellement imparfaits
La ressemblance des regards de permission avec les yeux que tu conquis
La confusion des corps des lassitudes des ardeurs
L'imitation des mots des attitudes des idées
Les vices les vertus tellement imparfaits

L'amour c'est l'homme inachevé.

Paul Éluard, À perte de vue dans le sens de mon corps

Tuesday, 24 April 2012

Demain je te dirai, mon âme, où je te mène...

Si peu d'oeuvres pour tant de fatigue et d'ennui !
De stériles soucis notre journée est pleine :
Leur meute sans pitié nous chasse à perdre haleine,
Nous pousse, nous dévore, et l'heure utile a fui...

"Demain ! J'irai demain voir ce pauvre chez lui,
"Demain je reprendrai ce livre ouvert à peine,
"Demain je te dirai, mon âme, où je te mène,
"Demain je serai juste et fort... pas aujourd'hui."

Aujourd'hui, que de soins, de pas et de visites !
Oh ! L'implacable essaim des devoirs parasites
Qui pullulent autour de nos tasses de thé !

Ainsi chôment le coeur, la pensée et le livre,
Et, pendant qu'on se tue à différer de vivre,
Le vrai devoir dans l'ombre attend la volonté.

René-François SULLY PRUDHOMME(1839-1907), Le temps perdu

L'Enfance by Zbigniew Preisner on Grooveshark

Saturday, 21 April 2012

La première poussière ne s’est jamais posée sur les palais que nous soutenions...

Il n’y a pas la première pierre de cette maison dont tu rêvais. Pourtant la première poussière ne s’est jamais posée sur les palais que nous soutenions. Ils avaient des fenêtres doubles, pour nous deux, des lumières constantes et des nuits immenses, ô sentimentale !

Paul Éluard, La Vie immédiate

Thursday, 19 April 2012

Singer... The sewing machine...


Ohhh, the sewing machine, the sewing machine
A girl's best friend
If I didn't having my sewing machine
I'd a-come to no good end
But a bobbin a bobbin and peddle a peddle
And wheel the wheel by day
So by night I feel so weary that I never get out to play

Ohhh, the sewing machine, the sewing machine
A helping hand
If I didn't have my sewing machine
I'd drink to beat the band
But a bobbin a bobbin and peddle a peddle
As busy as a bug
So by night I feel so weary that I can hardly lift a mug

Ohhh, the sewing machine-ah, the sewing machine-ah
A friend in need
If I didn't having my sewing machine
A wicked life I'd lead
But a bobbin a bobbin and peddle a peddle
And dream about romance
So by night I feel so weary that I never get out to dance

Ohhh, the sewing machine, the sewing machine
A pal so dear
If I didn't have my sewing machine
I'd try a stage career
But a bobbin a bobbin and peddle a peddle
Till amateur night comes by
But by then I feel so weary that I haven't the strength to try
Aye-aye-aye-aye, aye-aye-aye-aye

Ohhh-ohhh, the sewing machine-ah, the sewing machine
Me pride and joy
If I didn't having me sewing machine
I'd a-married James McCoy
But a bobbin a bobbin and peddle a peddle
And that's the end of Jim
'Cause by night I get so weary I don't even look good to him

Ohhh, have I got a boss, he looks like a hoss
His name's Joe Gurt
If he didn't own the sewing machine
I'd a kicked him where it hurts
While a bobbin a bobbin and peddle a peddle
He keeps his eyes on me
Why I never never have kicked still remains a mystery

Ohhh, I thread the needle and fix the shuttle
And put in the cloth and pull up the lever
And bobbin a bobbin and peddle a peddle
And wheel the wheel all day
Ohhh, the sewing machine, the sewing machine
The sewing machine, the sewing machine
Is a girl's best friend
This is the end

THE SEWING MACHINE
From the film "The Perils Of Pauline" (1947)
(Frank Loesser)

Betty Hutton (with Joe Lilley & His Orch.) - 1947


Martin Messier | Sewing Machine Orchestra


Tuesday, 17 April 2012

Où je repose la nuit sur un lit de verre...


Pour moi, je continuerai à habiter ma maison de verre, où l'on peut voir à toute heure qui vient me rendre visite, où tout ce qui est suspendu aux plafonds et aux murs tient comme par enchantement, où je repose la nuit sur un lit de verre aux draps de verre, où qui je suis m'apparaîtra tôt ou tard gravé au diamant.

André Breton, Nadja



Monday, 16 April 2012

Le songe se dévide avec une paresse...


Assise, la fileuse au bleu de la croisée
Où le jardin mélodieux se dodeline ;
Le rouet ancien qui ronfle l'a grisée.

Lasse, ayant bu l'azur, de filer la câline
Chevelure, à ses doigts si faibles évasive,
Elle songe, et sa tête petite s'incline.

Un arbuste et l'air pur font une source vive
Qui, suspendue au jour, délicieuse arrose
De ses pertes de fleurs le jardin de l'oisive.

Une tige, où le vent vagabond se repose,
Courbe le salut vain de sa grâce étoilée,
Dédiant magnifique, au vieux rouet sa rose.

Mais la dormeuse file une laine isolée ;
Mystérieusement l'ombre frêle se tresse
Au fil de ses doigts longs et qui dorment, filée.

Le songe se dévide avec une paresse
Angélique, et sans cesse, aux doux fuseaux crédule,
La chevelure ondule au gré de la caresse...

Derrière tant de fleurs, l'azur se dissimule,
Fileuse de feuillage et de lumière ceinte :
Tout le ciel vert se meurt. Le dernier arbre brûle.

Ta sœur, la grande rose où sourit une sainte,
Parfume ton front vague au vent de son haleine
Innocente, et tu crois languir... Tu es éteinte

Au bleu de la croisée où tu filais la laine.

Paul Valery, La fileuse

Symphony No. 40 in G Minor by Andante on Grooveshark



Thursday, 12 April 2012

Tell her to reach for the stars...


Words, take her with you
Let her rest in your rhyme
Words, take her away
Somewhere, beyond time

Words, ease her breathing
Lay her softly on the floor
There, let her linger
And listen like ever before

Leave her windows uncovered at night
And fill her room with the city lights
As they illuminate the sky
It reminds her of the people outside
Cause she won't sleep unless she heals her loneliness

Walk with her beneath the tree tops
Create new paths and memories
Show her, how the sunlight
Glances through the gaps between the leaves

Words, help her change the world
In only one verse
Tell her to reach for the stars
And to always put love first

Leave her windows uncovered at night
And fill her room with the city lights
As they illuminate the sky
It reminds her of the people outside
It reminds her of the people
It reminds her of the people
It reminds her of the people outside

Ane Brun, Words

Words by Ane Brun on Grooveshark


Wednesday, 11 April 2012

To let myself flow...


To let myself go
To let myself flow
Is the only way of beeing
There´s no use telling me
There´s no use taking a step back
A step back for me

Ane Brun, To Let Myself Go

To Let Myself Go by Ane Brun on Grooveshark


Saturday, 7 April 2012

Spoken words like moonlight...


daddy's ghost behind you
sleeping dog beside you
you're a poem of mystery
you're the prayer inside me

spoken words like moonlight
you're the voice that i like

needlework & seedlings
in the way you're walking
to me from the timbers
faded from the winter

Iron & Wine, Faded From The Winter

Faded From The Winter by Iron And Wine on Grooveshark


Thursday, 5 April 2012

La ville cousue de fil blanc...



La ville cousue de fil blanc.
Les toits portants cheminées,
Le ciel parallèle aux rues,
Les rues,
La fumée sur les trottoirs,
TROUVAILLE.

Des pas les uns vers les autres,
Le soleil ou la lumière,
Souvenirs de ville,
L'HEURE à L'HEURE,
Du matin, de midi au soir,

Façades et boutiques,
Des lumières pliées dans des vitres,
VEILLER.

Ailleurs,
La nuit enfermée dans la nuit,
Les chiens aboyant à la nuit des chats,
LA FATIGUE.

Paul Éluard, Air noir

04 - Préludes, 1er livre IV. _Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir_ - modéré by Claude Debussy on Grooveshark

Monday, 2 April 2012

Plus petite qu'un empire...


Habitude de marcher,
Habitude de courir,
Terre couverte et découverte,
Plus petite qu'un empire,
Bien étendue,
Mienne ici et là,
Ailleurs aussi,
Avec le geste pour rire
De cueillir
Les arbres et les promeneurs,
Leurs ombres et leurs cannes,
Le sol partout divisé.

Paul Éluard, Promenade



Tuesday, 20 March 2012

Thursday, 8 March 2012

Et nos songes en fuite...


1935-2012


Quand l’ombre des nuages
Démasquera nos souffles
Nous volerons sereins
Par les chemins du sort
Et nos songes en fuite...

Une étoile se repose
Dès qu’un ange s’endort…

Isaac Lerutan, 2009

Lamentate: III. Fragile by Arvo Pärt on Grooveshark


Thursday, 1 March 2012

Et tu restes au centre...


Par toi je vais de la lumière à la lumière
De la chaleur à la chaleur
C’est par toi que je parle et tu restes au centre
De tout comme un soleil consentant au bonheur

Paul Éluard, Poésie ininterrompue

A Life (1895-1915) by Mark Hollis on Grooveshark


Sunday, 26 February 2012

If you knew...



25 février 1916, ferme de Naviaux, Marne

«...Malheureusement beaucoup d'entre nous ne reviendront pas, que de familles endeuillées !

Tu vas dire que je n'ai pas beaucoup le caractère militaire mais c'est honteux de voir ce que l'on voit ici tous les jours : les camarades tombés sur la plaine, le ventre au soleil et c'est une infection que nous respirons.»

Correspondances d'Auguste Lecourt, soldat au 104e RI.

If You Knew by Nina Simone on Grooveshark


Tuesday, 21 February 2012

Vers les horizons bleus dépassés le matin...


Elle cherchait, d'un oeil troublé par la tempête,
De sa naïveté le ciel déjà lointain,
Ainsi qu'un voyageur qui retourne la tête
Vers les horizons bleus dépassés le matin.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal


Madrigali guerrieri et amorosi, libro VIII (Ardo) by Sonia Wieder-Atherton on Grooveshark


Sunday, 19 February 2012

The Colours Of Light...


All is pitched in a higher key,
Lilac, topaz, and ivory,
Palest jade-green and pale clear blue
Like aquamarines that the sun shines through,
Golds and silvers, we have at will -
Silver and gold on each plain and hill,
Silver-green of the myall leaves,
Tawny gold of the garnered sheaves,
Silver rivers that silent slide,
Golden sands by the water-side...

Dorothea Mackellar, The Colours Of Light


Doucement Expressif by Debussy on Grooveshark

Friday, 10 February 2012

Notes d'eau...


Les poissons, les nageurs, les bateaux
Transforment l’eau.
L’eau est douce et ne bouge
Que pour ce qui la touche.

Le poisson avance
Comme un doigt dans un gant,
Le nageur danse lentement
Et la voile respire.

Mais l’eau douce bouge
Pour ce qui la touche,
Pour le poisson, pour le nageur, pour le bateau
Qu’elle porte
Et qu’elle emporte.

Paul Eluard, Poisson

Yellow by Miles Davis on Grooveshark
Aura (Miles Davis album)


«The main theme consists of 10 notes, yielded by the letters "M-I-L-E-S-D-A-V-I-S" (see BACH motif, and Schoenberg hexachord "EsCHBEG", and the chart at Musical notes#Accidentals). It is introduced at the beginning over a sustained chord of these same notes. The following 9 movements of the suite represent the colours Mikkelborg sees in Miles's aura.»