Monday, 18 July 2011

Thomas Fersen...


Apprenant que les gendarmes recherchaient un vagabond,
Une brave dame m'a caché sous son jupon,
Quelquefois, je l'admets, j'ai couché sous un pont,
Mais je n'avais encore jamais logé sous un jupon.

Comme sous ce jupon, il faisait doux, il faisait bon,
Comme sous ce jupon, il faisait noir comme du charbon.
Comme il faisait nuit, je me suis endormi,
Je me suis endormi comme si j'étais dans un bon lit.

Ma nuit s'est conclue par un réveil au clair de lune,
En ne sachant plus dans quel pays, dans quel commune.

J'ai couché je l'admet, parfois au clair de lune,
Mais je ne l'avais encore jamais vue de ce volume.

Je suis dans le néant, je ne reconnais pas la chambre,
Ce parfum d'océan mêlé à une pointe d'ambre.

J'ai dormi, je l'admets, parfois dans un fossé,
J'ai dormi, je l'admets, quelquefois sans me déchausser.

Ai-je fait relâche chez les bédouins, en Arabie ?
Ai-je fait relâche chez les Apaches, sous un tipi ?
Parfois j'ai campé, j'ai dormi sur des canapés,
J'ai dormi, je l'admets, quelquefois sans me désaper.

Après tout je me plaît dans ce campement de fortune,
J'vais poser un collet, j'ai vu un lapin dans les dunes,
Mes autres résidences ne valaient pas un radis,
Et de toute évidence ici je suis au paradis.


Thomas Fersen, Parfois Au Clair De Lune

Saturday, 16 July 2011

Au fond des yeux, l'orchestre des flots bleus...

L'aurore, les matins, les brises, les feuillages,
Les cieux, frais et bombés comme un cloître vivant,
Les cieux qui, même alors que l'été les ravage,
Contiennent la splendeur immobile des vents,
«Tu les verras au bord des visages qui rêvent,
Où la pâleur ressemble à des soleils couchants,
Au fond des yeux, tremblants comme un lac où se lève
L'orchestre des flots bleus, des rames et des chants!

Anna de Noailles, Le monde intérieur

Monday, 11 July 2011

J'sais pas si tu comprends comment j'me sens...



Paris-Québec sous les étoiles | Générale | 7 juillet 2011

J'ai douze ans maman
J'ai perdu du sang
J'suis plus une enfant
Pour qui tu m'prends?
Faut que j'me dépêche de vivre ma vie maman
J'ai déjà trouvé mon premier cheveu blanc

J'ai douze ans maman
J'ai pas beaucoup d'temps
J'sais pas si tu comprends
Comment j'me sens
Quand j'vois passer des fusées dans l'firmament
J'me dis qu'on va y goûter avant longtemps
Quand j'r'garde la télévision
On parle seulement de pollution
Et de surpopulation
P't'êt' que la bombe à neutrons
Ce sera l'meilleur remède
Contre la misère sur la terre

Naturellement
Tu r'gardes seulement les téléromans maman
Tu sais pas c'qui s'passe dans l'univers

J'ai douze ans maman
J'ai besoin d'argent
J'pourrais m'prendre un amant
Comme dans ton temps
Qu'est-c'que j'vas faire?
Pour gagner ma vie maman
J'veux pas étudier pour rien jusqu'à trente ans

Aujourd'hui à l'école on nous a parlé
Des possibilités de vie
Dans les autres galaxies
Oui
On nous a aussi montré
Un film où on voyait
Comment copulent les libellules

C'est quoi la vie?
J'ai pas envie
D'avoir d'enfants maman
Faut que j'commence à prendre la pilule

J'ai douze ans maman
J'ai pas beaucoup d'temps
J'sais pas si tu comprends
Comment j'me sens
Quand j'vois passer des fusées dans l'firmament
J'espère qu'un jour je pourrai partir dedans
J'ai douze ans maman


Diane Dufresne...

Paroles: Luc Plamondon. Musique: Germain Gauthier


Sunday, 10 July 2011

The Secret Garden...

It was the sweetest, most mysterious-looking place any one could imagine. The high walls which shut it in were covered with the leafless stems of climbing roses which were so thick that they were matted together. Mary Lennox knew they were roses because she had seen a great many roses in India. All the ground was covered with grass of a wintry brown and out of it grew clumps of bushes which were surely rosebushes if they were alive. There were numbers of standard roses which had so spread their branches that they were like little trees. There were other trees in the garden, and one of the things which made the place look strangest and loveliest was that climbing roses had run all over them and swung down long tendrils which made light swaying curtains, and here and there they had caught at each other or at a far-reaching branch and had crept from one tree to another and made lovely bridges of themselves. There were neither leaves nor roses on them now and Mary did not know whether they were dead or alive, but their thin gray or brown branches and sprays looked like a sort of hazy mantle spreading over everything, walls, and trees, and even brown grass, where they had fallen from their fastenings and run along the ground. It was this hazy tangle from tree to tree which made it all look so mysterious. Mary had thought it must be different from other gardens which had not been left all by themselves so long; and indeed it was different from any other place she had ever seen in her life.

...she was inside the wonderful garden and she could come through the door under the ivy any time and she felt as if she had found a world all her own.


Frances Hodgson Burnett, The Secret Garden




Zbigniew Preisner, Awakening Of Spring

Tuesday, 5 July 2011

Et le jour traîne ainsi sa parfaite beauté...


Je retrouve le calme et vaste paysage:
C'est toujours sur les monts, les routes, les rivages,
Vos gais bondissements, chaleur aux pieds d'argent!
Le monde luit au sein de l'azur submergeant
Comme une pêcherie aux mailles d'une nasse;
Je vois, comme autrefois, sur le bord des terrasses,
Des jeunes gens; l'un rêve, un autre fume et lit;
Un balcon, languissant comme un soir au Chili,
Couve d'épais parfums à l'ombre de ses stores.
Le lac, tout embué d'avoir noyé l'aurore,
Encense de vapeurs le paresseux été;
Et le jour traîne ainsi sa parfaite beauté
Dans une griserie indolente et muette.


Anna de Noailles, Le retour au lac Léman

Sunday, 3 July 2011

Qu'ai-je à faire de vous qui êtes éphémère...


Qu'ai-je à faire de vous qui êtes éphémère,
Trop douce matinée, éther bleuâtre et chaud,
O jubilation insensée et légère
D'un moment que le temps engloutira si tôt?

Je vois que le lac tiède est comme une corbeille,
Immobile et rêvant, et si chargé d'azur
Qu'il cherche à déverser son poids luisant et pur,
Et que le vert feuillage a des bouquets d'abeilles!

Je vois de blancs oiseaux, comme des nénuphars
Se poser sur les flots que l'air croise et décroise,
Et les parfums monter, tranchants comme des dards,
Dans l'azur frais, couleur de gel et de turquoise!

Les jardins ont l'aspect calme des paradis,
Partout c'est le repos, le bourdonnant silence;
Un matinal parfum de joie et d'abondance
Exhale tendrement l'attente de midi.

Qu'est-ce donc qui m'empêche, ô terre complaisante,
Doux éther caressant, sourire bleu des flots,
Nature sans mémoire et toujours renaissante,
De rentrer dans votre ample et sinueux complot?

Ma jeunesse est en vous, les arbres, le rivage,
Le temps qui se balance et ne s'écoule pas,
Les matins toujours gais, les soirs pensants et sages
Ont gardé mes regards, mes rêves et mes pas;

Mais moi j'ai poursuivi la route, je dépasse
Votre extase alanguie et votre enchantement,
J'habite un continent dispersé dans l'espace,
Où l'âme a son domaine et son déchaînement.

Pays sans arbre, et plus dévasté que la lune,
Où sont les souvenirs, les morts, les passions,
Et, brûlante douleur parmi les infortunes,
Les tragiques matins de nos déceptions.

Mais aujourd'hui, ayant goûté toute amertume,
Je suis sans volonté; les mouvements du sort,
Amenant à mes pieds la vague et son écume,
Font un long bercement qui me lasse et m'endort.

Les brouillards ont glacé la Sibylle de Cumes!

—O désir! J'ai connu votre soif, votre faim,
Vos passions de l'âme et vos brûlants théâtres;
Mais l'incendie altier et mortel s'est éteint;
Nous sommes à présent, mon coeur et le destin,
Comme deux ennemis qui, s'estimant enfin,
Cessent de se combattre…


Anna de Noailles, Qu'ai-je à faire de vous...



A. Marcello, Concerto pour hautbois