Friday, 24 June 2011

Sous une lune d'opale, nous avons ouvert le bal...


Cette nuit dans mon sommeil
Je t'ai enlevé de ta tour
J'avais dérobé l'soleil
Pour que jamais n'vienne le jour
Nous courions dans les prairies
Mes rubans volaient au vent
Nous avons bu dans nos mains
A la source du matin

A la porte d'un château
Nous sommes entrés sans frapper
Des lutins tambours au dos
Nous attendaient pour danser
Sous une lune d'opale
Nous avons ouvert le bal
Moi qui ai jamais su danser
J'ai dansé à perdre pied

Puis rendus à l'horizon
De beaux anges à cheveux longs
Ont avancé un nuage
Et nous ont poussé au large
On voyait d'en haut la terre
Toute noire, pleine de misère
Toi tu as dit: " C'est nos frères
Redonnons-leur la lumière ! "

Donc nous sommes redescendus
Puisque le soleil je l'avais
A la foule je t'ai rendu
Et le matin s'est refait
J'ai la promesse des anges
Qu'après le jug'ment dernier
On r'prendra ce bal étrange
Et pour toute l'éternité


Félix Leclerc, Le bal...

Wednesday, 22 June 2011

Places of nestling green for Poets made...


I stood tip-toe upon a little hill,
The air was cooling, and so very still.
That the sweet buds which with a modest pride
Pull droopingly, in slanting curve aside,
Their scantly leaved, and finely tapering stems,
Had not yet lost those starry diadems
Caught from the early sobbing of the morn.
The clouds were pure and white as flocks new shorn,
And fresh from the clear brook; sweetly they slept
On the blue fields of heaven, and then there crept
A little noiseless noise among the leaves,
Born of the very sigh that silence heaves:
For not the faintest motion could be seen
Of all the shades that slanted o'er the green.
There was wide wand'ring for the greediest eye,
To peer about upon variety;
Far round the horizon's crystal air to skim,
And trace the dwindled edgings of its brim;
To picture out the quaint, and curious bending
Of a fresh woodland alley, never ending;
Or by the bowery clefts, and leafy shelves,
Guess were the jaunty streams refresh themselves.
I gazed awhile, and felt as light, and free
As though the fanning wings of Mercury
Had played upon my heels: I was light-hearted,
And many pleasures to my vision started;
So I straightway began to pluck a posey
Of luxuries bright, milky, soft and rosy.


John Keats, Places of nestling green for Poets made. (Story of Rimini)


Tuesday, 21 June 2011

... des bouquets de satin blanc...


D'un gradin d'or, - parmi les cordons de soie, les gazes grises, les velours verts et les disques de cristal qui noircissent comme du bronze au soleil, - je vois la digitale s'ouvrir sur un tapis de filigranes d'argent, d'yeux et de chevelures.

Des pièces d'or jaune semées sur l'agate, des piliers d'acajou supportant un dôme d'émeraudes, des bouquets de satin blanc et de fines verges de rubis entourent la rose d'eau.

Tels qu'un dieu aux énormes yeux bleus et aux formes de neige, la mer et le ciel attirent aux terrasses de marbre la foule des jeunes et fortes roses.


Arthur Rimbaud, Fleurs

Sunday, 19 June 2011

I saw the light today...


I saw the light today
Silence loud and wind so long
The quiet building in the dark
Surrender to the game
I saw the light today...


Eddie Vedder, Light today

Thursday, 16 June 2011

...et les lotus des fleuves indiens...


Tu vis, je bois l'azur qu'épanche ton visage,
Ton rire me nourrit comme d'un blé plus fin,
Je ne sais pas le jour, où, moins sûr et moins sage,
Tu me feras mourir de faim.

Solitaire, nomade et toujours étonnée,
Je n'ai pas d'avenir et je n'ai pas de toit,
J'ai peur de la maison, de l'heure et de l'année
Où je devrai souffrir de toi.

Même quand je te vois dans l'air qui m'environne,
Quand tu sembles meilleur que mon coeur ne rêva,
Quelque chose de toi sans cesse m'abandonne,
Car rien qu'en vivant tu t'en vas.

Tu t'en vas, et je suis comme ces chiens farouches
Qui, le front sur le sable où luit un soleil blanc,
Cherchent à retenir dans leur errante bouche
L'ombre d'un papillon volant.

Tu t'en vas, cher navire, et la mer qui te berce
Te vante de lointains et plus brûlants transports.
Pourtant, la cargaison du monde se déverse
Dans mon vaste et tranquille port.

Ne bouge plus, ton souffle impatient, tes gestes
Ressemblent à la source écartant les roseaux.
Tout est aride et nu hors de mon âme, reste
Dans l'ouragan de mon repos!

Quel voyage vaudrait ce que mes yeux t'apprennent,
Quand mes regards joyeux font jaillir dans les tiens
Les soirs de Galata, les forêts des Ardennes,
Les lotus des fleuves indiens?


Anna de Noailles, Tu vis, je bois l'azur...



Agnes Obel - Wallflower

Monday, 13 June 2011

Espace où mon regard se meurt de volupté...


Comme un sublime fruit qu’on a de loin lancé,
La matinée avec son ineffable extase
Sur mon coeur enivré tombe, s’abat, s’écrase,
Et mon plaisir jaillit comme un lac insensé!

– O pulpe lumineuse et moite du ciel tendre,
Espace où mon regard se meurt de volupté,
O gisement sans fin et sans bord de l’été,
Azur qui sur l’azur vient reluire et s’étendre,

Coulez, roulez en moi, détournez dans mon corps
Tout ce qui n’est pas vous, prenez toute la place,
Déjà ce flot d’argent m’étouffe, me terrasse,
Je meurs, venez encor, azur! venez encor…


Anna de Noailles, Azur, Les Éblouissements (1907)


Fauré - Après un rêve - Kiri Te Kanawa

Wednesday, 8 June 2011

A baby sleeps in all our bones, so scared to be alone...


There are times that walk from you like some passing afternoon
Summer warmed the open window of her honeymoon
And she chose a yard to burn but the ground remembers her
Wooden spoons, her children stir her Bougainvillea blooms

There are things that drift away like our endless, numbered days
Autumn blew the quilt right off the perfect bed she made
And she's chosen to believe in the hymns her mother sings
Sunday pulls its children from their piles of fallen leaves

There are sailing ships that pass all our bodies in the grass
Springtime calls her children 'till she let's them go at last
And she's chosen where to be, though she's lost her wedding ring
Somewhere near her misplaced jar of Bougainvillea seeds

There are things we can't recall, blind as night that finds us all
Winter tucks her children in, her fragile china dolls
But my hands remember hers, rolling 'round the shaded ferns
Naked arms, her secrets still like songs I'd never learned

There are names across the sea, only now I do believe
Sometimes, with the windows closed, she'll sit and think of me
But she'll mend his tattered clothes and they'll kiss as if they know
A baby sleeps in all our bones, so scared to be alone


Iron & Wine, Passing Afternoon

Sunday, 5 June 2011

Et la vie, dans ce silence...


La paix est dans le bois silencieux et sur
les feuilles en sabre qui coupent l’eau qui coule,
l’eau reflète, comme en un sommeil, l’azur
pur qui se pose à la pointe dorée des mousses.

Je me suis assis au pied d’un chêne noir
et j’ai laissé tomber ma pensée. Une grive
se posait haut. C’était tout. Et la vie,
dans ce silence, était magnifique, tendre et grave...


Francis Jammes, La paix est dans le bois



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Thursday, 2 June 2011

Le paradis à notre étage...


Dans ce nid qu'il fera donc bon et qu'il fera chaud
Nous serons heureux comm' deux petits poissons dans l'eau
Nous nous aimerons le jour, la nuit, l'été, l'hiver
Nous boirons dans le même verre
Les voisins diront "quels sont ces amoureux
Qui comm' des pinsons chantent là-haut rien que pour eux ?"
Et nous aurons loin des commères et des commérages
Le paradis à notre étage

Un baiser, ça veut dire je vous aime
Un baiser, c'est donner son coeur lui-même
Un baiser, quand on s'aime il faut l'oser
Accordez-moi un baiser
Un baiser et puis l'on n'est plus les mêmes
Un baiser, c'est donner son coeur lui-même
Un baiser c'est un lien qui lie deux coeurs
Pour ne former qu'un bonheur.

La nuit est belle
Mademoiselle
La lune brille
Petite fille
Laissez-vous faire
Faites-moi taire
En m'embrassant
Bien tendrement

Un baiser, ça veut dire je vous aime
Un baiser, et puis l'on est plus les mêmes
Un baiser d'un taudis dans une cour
Fait un petit nid d'amour


Interprétée par Jean Sablon, Un baiser