Monday, 30 August 2010

Poursuivre un nuage étrange qui s’efface...

Charlevoix Port au Persil

Je suis de ces rêveurs qui vont, l’âme joyeuse,
Errer dans la forêt sombre et mystérieuse
Où volent les oiseaux;
Qui voudraient s’arrêter devant chaque merveille.
Devant chaque brin d’herbe, et qui prêtent l’oreille
Aux chansons des ruisseaux.

Je suis de ces rêveurs pour qui le bois sauvage,
Avec son dôme noir qui retient au passage
Les rayons du soleil,
Avec l’acre senteur des superbes fougères,
Avec les grands sapins aux aiguilles légères,
Semble un palais vermeil.

Je suis de ces rêveurs que la nature enchante,
Qui préfèrent, dans l’ombre, un rossignol qui chante,
Aux concerts des cités;
Qui, d’une étoile d’or s’élevant dans la brune,
D’un vieux clocher qui luit sous un baiser de lune,
Se sentent transportés.

Je suis de ces rêveurs que la nature enivre,
Qui veulent lire en elle ainsi que dans un livre
Aux autres coeurs fermé;
Séduits par un insecte aux élytres dorées.
Par une fleur nouvelle, aux profondeurs nacrées,
Au calice embaumé.

Je suis de ces rêveurs affamés de chimères,
Qui s’en vont, oubliant les tristesses amères,
Errer dans le ciel bleu,
Et poursuivre un nuage étrange qui s’efface,
Un astre rayonnant qui sillonne l’espace
Comme un serpent de feu.

Je suis de ces rêveurs que l’espérance anime,
Et qui, de la vallée, aspirent à la cime
D’où l’on voit l’inconnu;
Qui cherchent à monter et non pas à descendre,
Qui cherchent à sonder, qui cherchent à comprendre
Ce qu’ils n’ont pas connu.

Je suis de ces rêveurs qu’une seule caresse
Suffit pour entraîner à ta suite, maîtresse,
O muse au front sacré!
Car tous ces rêveurs-là sont tes fils, les poètes,
Qui n’ont pas d’autre joie et n’ont pas d’autres fêtes
Que ton culte adoré.


Alice De Chambrier, Qui Es-Tu?



Yann Tiersen, Les Bras De Mer

Saturday, 28 August 2010

Then felt I like some watcher of the skies...


Much have I travell'd in the realms of gold,
And many goodly states and kingdoms seen;
Round many western islands have I been
Which bards in fealty to Apollo hold.
Oft of one wide expanse had I been told
That deep-browed Homer ruled as his demesne;
Yet did I never breathe its pure serene
Till I heard Chapman speak out loud and bold:
Then felt I like some watcher of the skies
When a new planet swims into his ken;
Or like stout Cortez when with eagle eyes
He star'd at the Pacific — and all his men
Look'd at each other with a wild surmise —
Silent, upon a peak in Darien.


John Keats, On First Looking into Chapman's Homer



Academy of St. Martin in the Fields, Joshua Bell & Michael Stern, Schubert's Serenade

Thursday, 26 August 2010

Like a land of dreams...

Charlevoix - Port au Persi
The Sea of Faith
Was once, too, at the full, and round earth's shore
Lay like the folds of a bright girdle furled.
But now I only hear
Its melancholy, long, withdrawing roar,
Retreating, to the breath
Of the night wind, down the vast edges drear
And naked shingles of the world.

Ah, love, let us be true
To one another! for the world, which seems
To lie before us like a land of dreams,
So various, so beautiful, so new,
Hath really neither joy, nor love, nor light,
Nor certitude, nor peace, nor help for pain;
And we are here as on a darkling plain
Swept with confused alarms of struggle and flight,
Where ignorant armies clash by night.


Matthew Arnold, Dover Beach...



Fritz Kreisler, La méditation de Thaïs (Jules Massenet)

Wednesday, 25 August 2010

Venus' Bird...


Ouvre ton aile au vent, mon beau ramier sauvage,
Laisse à mes doigts brisés ton anneau d'esclavage !
Tu n'as que trop pleuré ton élément, l'amour ;
Sois heureux comme lui : sauve-toi sans retour !


Que tu montes la nue, ou que tu rases l'onde(...)
Va retrouver dans l'air la volupté de vivre !

Marceline DESBORDES-VALMORE, L'esclave et l'oiseau...



Andreas Scholl, Venus' Birds

Tuesday, 24 August 2010

Ils sont comme la vague à la pointe du jour...

Charlevoix, Port au Persil
Ils sont d'une saison
Qui s'en va en voyage
Avec le vent du temps
Pour éternel bagage,
Ils sont d'une saison
Qui n'a même plus de nom
Et qui n'en finit pas
De nous plisser le front,
Ils sont d'une saison
Qui passe à la maison
Sans fruit et sans soleil
Avec à l'horizon
La fumée de nuages
Qui s'étirent au loin
Et qui n'en finit pas
De nous tendre la main

Ils sont cette musique
Qui ressurgit soudain
Sur les sillons d'un disque
L'espace d'un matin
Et s'ils sourient parfois
Sous un rayon d'hiver
C'est parce qu'ils ont vaincu
Nos chagrins éphémères

Alors, le cœur battant
Ils viennent en riant
Les bras chargés de fleurs
Aux pétales d'argent
Alors le cœur en larmes
Je leur ouvre ma porte
Et je ferme les yeux
Sous leurs bras qui m'emportent

Ils sont comme la vague
A la pointe du jour
Avec les vents du sable
Pour éternel parcours,
Ils sont les coquillages
D'une plage sans nom
De fidèles rivages
Où meurent les poissons

Et s'ils pleurent parfois
Sous un rayon de Lune
C'est parce qu'ils ont perdu
Dans un désert de brume
Ce visage d'enfant
Qui leur tendait les bras
Cette femme d'antan
Qui n'est déjà plus là
Ils l'attendent pourtant
Derrière les rideaux
Et ils restent longtemps
Mais s'endorment bientôt,
Ils sont d'une saison
Qui ne veut pas mourir
Et qui n'en finit pas
De compter nos soupirs

Ils sont l'ombre de l'autre
Qui n'est déjà plus là
Et suivent le cortège
Toujours à pas de chat
Et quand on les oublie
Ils ne nous oublient pas
Et n'en finissent pas
De nous parler tout bas


Juliette Noureddine, Les souvenirs


Sunday, 22 August 2010

De l’odeur du foin vert à loisir on s’enivre...

Charlevoix
En voyage, on s’arrête, on descend de voiture ;
Puis entre deux maisons on passe à l’aventure,
Des chevaux, de la route et des fouets étourdi,
L’oeil fatigué de voir et le corps engourdi.
Et voici tout à coup, silencieuse et verte,
Une vallée humide et de lilas couverte,
Un ruisseau qui murmure entre les peupliers, -
Et la route et le bruit sont bien vite oubliés !
On se couche dans l’herbe et l’on s’écoute vivre,
De l’odeur du foin vert à loisir on s’enivre,
Et sans penser à rien on regarde les cieux…
Hélas ! une voix crie : “En voiture, messieurs !”


Gérard de Nerval, Odelettes



Finzi - Romance in E flat major, Op. 11

Saturday, 21 August 2010

I can see your body is a boat...

Charlevoix
I can see your body is a boat
Keeping you afloat in dreams

Here in this small room
Sleep has stolen you but
Strange noises keep me awake
I can see your body is a boat
Keeping you afloat in dreams

I told you about red mountains that rise out of water
I told you about a house under three full moons
And I wonder what you're dreaming on your silent journey
And caressing your forehead I tell you more stories
Falling in my own memories

Are you happy to be on my side in this world of billions ?
Should we continue this ride that hasn't even begun ?
My body is a boat and your body is a boat
Keeping us afloat in dreams

I'll take you to red mountains that rise out of water
I'll keep you in a house under three full moons
And i'll caress your forehead until your hair turns gray
And I'll follow the lines of your face

My body is a boat and you're travelling in me


Jorane, Red Mountains