Sunday, 28 March 2010

À un enfant poète...


Quelquefois nous parlons, en remuant la flamme,
De patrie et de Dieu, des poètes, de l'âme
Qui s'élève en priant ;
L'enfant paraît, adieu le ciel et la patrie
Et les poètes saints ! la grave causerie
S'arrête en souriant.

La nuit, quand l'homme dort, quand l'esprit rêve, à l'heure
Où l'on entend gémir, comme une voix qui pleure,
L'onde entre les roseaux,
Si l'aube tout à coup là-bas luit comme un phare,
Sa clarté dans les champs éveille une fanfare
De cloches et d'oiseaux.

Enfant, vous êtes l'aube et mon âme est la plaine
Qui des plus douces fleurs embaume son haleine
Quand vous la respirez ;
Mon âme est la forêt dont les sombres ramures
S'emplissent pour vous seul de suaves murmures
Et de rayons dorés !


Victor Hugo (1802-1885), Lorsque l'enfant paraît



Sea Of Time - The Beatles Remastered (2009) Yellow Submarine

Sunday, 21 March 2010

In restless dreams...


Hello darkness, my old friend,
I've come to talk with you again,
Because a vision softly creeping,
Left its seeds while I was sleeping,
And the vision that was planted in my brain
Still remains
Within the sound of silence.

In restless dreams I walked alone
Narrow streets of cobblestone,
'Neath the halo of a street lamp,
I turned my collar to the cold and damp
When my eyes were stabbed by the flash of a neon light
That split the night
And touched the sound of silence.

And in the naked light I saw
Ten thousand people, maybe more.
People talking without speaking,
People hearing without listening,
People writing songs that voices never share
And no one dared
Disturb the sound of silence.

"Fools" said I, "You do not know
Silence like a cancer grows.
Hear my words that I might teach you,
Take my arms that I might reach you."
But my words like silent raindrops fell,
And echoed
In the wells of silence.

And the people bowed and prayed
To the neon god they made.
And the sign flashed out its warning,
In the words that it was forming.
And the sign said, the words of the prophets are written on the subway walls
And tenement halls.
And whisper'd in the sounds of silence.


Paul Simon, The Sound of Silence...



Simon And Garfunkel, The sound Of Silence

Friday, 19 March 2010

Makin' Time...


Dans la direction de la ville élémentaire
J'avance aussi longtemps que dure notre éternité.


Dylan Thomas, Vingt-quatre années...



Dave Brubeck & Paul Desmond, Makin' Time

Sunday, 14 March 2010

La robe des choses...


Among the men and women, the multitude,
I perceive one picking me out by secret and divine signs,
Acknowledging none else—not parent, wife, husband, brother, child,
any nearer than I am;
Some are baffled—But that one is not—that one knows me.

Ah, lover and perfect equal!
I meant that you should discover me so, by my faint indirections;
And I, when I meet you, mean to discover you by the like in you.

Walt Whitman, Among the Multitude




Brothers Quay - Institute Benjamenta "Classroom Dance"

Wednesday, 10 March 2010

March Over The Rooftops...


Chim chiminy
Chim chiminy
Chim chim cher-ee!
A sweep is as lucky
As lucky can be

Chim chiminy
Chim chiminy
Chim chim cher-oo!
Good luck will rub off when
I shakes hands with you
Or blow me a kiss
And that's lucky too

Now as the ladder of life
Hs been strung
You might think a sweep's
On the bottommost rung

Though I spends me time
In the ashes and smoke
In this whole wide world
There's no happier bloke

Chim chiminy
Chim chiminy
Chim chim cher-ee!
A sweep is as lucky
As lucky can be

Chim chiminy
Chim chiminy
Chim chim cher-oo!
Good luck will rub off when I shakes hands with you

Chim chiminy
Chim chiminy
Chim chim cher-ee!
A sweep is as lucky
As lucky can be

Chim chiminy
Chim chiminy
Chim chim cher-oo!
Good luck will rub off when I shakes hands with you

I choose me bristles with pride, yes, I do
A broom for the shaft and a brush for the flue

Up where the smoke is
All billowed and curled
'Tween pavement and stars
Is the chimney-sweep world

When there's hardly no day
Nor hardly no night
There's things half in shadow
And half way in light
On the rooftops of London
Coo, what a sight

Chim chiminy
Chim chiminy
Chim chim cher-ee!
When you're with a sweep
You're in glad company

Nowhere is there
A more happier crew
Than them what sings
Chim chim cher-ee
Chim cher-oo!
Chim chim chiminy
Chim chim
Cher-ee chim cher-oo


The Sherman Brothers, Chim Chim Cher-ee/March Over The Rooftops (Dyck Van Dyke & Julie Andrews)


Sunday, 7 March 2010

L'herbier noir...


Car j'installe, par la science,
L'hymne des coeurs spirituels
En l'oeuvre de ma patience,
Atlas, herbiers et rituels.


Stéphane Mallarmé, Prose pour Des Esseintes



Glenn Gould, Jean-Sébastien Bach, Italian Concerto - Bwv 971, II°andante, III°presto

Saturday, 6 March 2010

Les heures qui passent...


Je suis en mal du mal que j'aime
Du ciel fauve où bat sans arrêt
Appel rythmé la forêt
Pour l'impossible poème .
Dans nos courses d'enfant pas sage
Sous le dôme d'air et de lait
Comme la fontaine volait
Légèrement au visage .

Le vent bruni couleur de flûte
Dans le sable nous effaçait
Et douce pluie dansait
Mêlant nos pas en sa chute.


Albertine Sarrazin...



Albertine Sarrazin, Dormir, interprété par Myriam Anisssimov

Friday, 5 March 2010

N'étant que des hommes, nous marchions dans les arbres...


N'étant que des hommes, nous marchions dans les arbres
Effrayés, abandonnant nos syllabes à leur douceur
De peur d'éveiller les freux,
De peur d'arriver

sans bruit dans un monde d'ailes et de cris.
Enfants nous nous serions penchés
Pour attraper les freux endormis, sans briser de brindilles,
Et après une douce ascension,
Élevant nos têtes au-dessus des branches
Nous nous serions émerveillés des étoiles inaltérables.

Loin de la confusion, telle est la voie
Tel est le prodige que l'homme sait
Loin du chaos parviendrait la joie.

Cela est la beauté, disions-nous,
Enfants émerveillés par les étoiles,
Cela est le but, cela est le terme.

N'étant que des hommes, nous marchions dans les arbres...


Dylan Thomas, Vision et prière (Traduction d’Alain Suied)



Vic Vogel & Le Jazz Big Band (Song For Cootie)

Thursday, 4 March 2010

J'ai cueilli cette fleur pour toi sur la colline...


J'ai cueilli cette fleur pour toi sur la colline.
Dans l'âpre escarpement qui sur le flot s'incline,
Que l'aigle connaît seul et seul peut approcher,
Paisible, elle croissait aux fentes du rocher.
L'ombre baignait les flancs du morne promontoire ;
Je voyais, comme on dresse au lieu d'une victoire
Un grand arc de triomphe éclatant et vermeil,
À l'endroit où s'était englouti le soleil,
La sombre nuit bâtir un porche de nuées.
Des voiles s'enfuyaient, au loin diminuées ;
Quelques toits, s'éclairant au fond d'un entonnoir,
Semblaient craindre de luire et de se laisser voir.
J'ai cueilli cette fleur pour toi, ma bien-aimée.
Elle est pâle, et n'a pas de corolle embaumée,
Sa racine n'a pris sur la crête des monts
Que l'amère senteur des glauques goémons ;
Moi, j'ai dit: Pauvre fleur, du haut de cette cime,
Tu devais t'en aller dans cet immense abîme
Où l'algue et le nuage et les voiles s'en vont.
Va mourir sur un coeur, abîme plus profond.
Fane-toi sur ce sein en qui palpite un monde.
Le ciel, qui te créa pour t'effeuiller dans l'onde,
Te fit pour l'océan, je te donne à l'amour. -
Le vent mêlait les flots; il ne restait du jour
Qu'une vague lueur, lentement effacée.
Oh! comme j'étais triste au fond de ma pensée
Tandis que je songeais, et que le gouffre noir
M'entrait dans l'âme avec tous les frissons du soir !


Victor Hugo (1802-1885), J'ai cueilli cette fleur pour toi sur la colline



Maurice Ravel, Tzigane

Monday, 1 March 2010

Remote from tumult and from noise...


O solitude, my sweetest choice!
Places devoted to the night,
Remote from tumult and from noise,
How ye my restless thoughts delight!
O solitude, my sweetest choice!
O heav'ns! what content is mine
To see these trees, which have appear'd
From the nativity of time,
And which all ages have rever'd,
To look today as fresh and green
As when their beauties first were seen.
O, how agreeable a sight
These hanging mountains do appear,
Which th' unhappy would invite
To finish all their sorrows here,
When their hard fate makes them endure
Such woes as only death can cure.
O, how I solitude adore!
That element of noblest wit,
Where I have learnt Apollo's lore,
Without the pains to study it.
For thy sake I in love am grown
With what thy fancy does pursue;
But when I think upon my own,
I hate it for that reason too,
Because it needs must hinder me
From seeing and from serving thee.
O solitude, O how I solitude adore!


Katherine Fowler Philips (1631-1664), reprise du poème "O solitude" par Henry Purcell