Sunday, 25 October 2009

C'est un peu fondre comme le givre...

Rien n'est précaire comme vivre
Rien comme être n'est passager
C'est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J'arrive où je suis étranger
Un jour tu passes la frontière
D'où viens-tu mais où vas-tu donc
Demain qu'importe et qu'importe hier
Le coeur change avec le chardon
Tout est sans rime ni pardon
Passe ton doigt là sur ta tempe
Touche l'enfance de tes yeux
Mieux vaut laisser basses les lampes
La nuit plus longtemps nous va mieux
C'est le grand jour qui se fait vieux
Les arbres sont beaux en automne
Mais l'enfant qu'est-il devenu
Je me regarde et je m'étonne
De ce voyageur inconnu
De son visage et ses pieds nus
Peu a peu tu te fais silence
Mais pas assez vite pourtant
Pour ne sentir ta dissemblance
Et sur le toi-même d'antan
Tomber la poussière du temps...


Louis Aragon (1897-1982), J'arrive où je suis étranger...

Sunday, 18 October 2009

Où vous dansez éperdument...

Indiquez-moi la douce allée
Qui mène à ce pays charmant;
Quel est le nom de la vallée
Où vous dansez éperdument?

Comme je vois à tous vos gestes,
à vos secrets qu'on peut saisir,
A toutes vos mines célestes (...)


Anna de Noailles, Danseuse persane...

Saturday, 10 October 2009

Comme une chambre ouverte sur un jardin...


Que la lumière est douce! Au rebord des fossés herbeux, que la rosée est froide! Si je n'ai plus trouvé, sous les taillis et dans les prés, le peuple charmant des petites fleurs minces, myosotis et silènes, narcisses et pâquerettes printanières... si les sceaux de Salomon et les muguets ont défleuri, depuis longtemps, leurs cloches retombantes, j'ai pu du moins baigner mes mains nues, mes jambes frissonnantes, dans une herbe égale et profonde, vautrer ma fatigue au velours sec des mousses et des aiguilles de pin, cuire mon repos sans pensée au soleil rude et montant... Je suis pénétrée de rayons, traversée de souffles, sonores de cigales et de cris d'oiseaux, comme une chambre ouverte sur un jardin...

Colette, Claudine en ménage, p.231.