Monday, 17 August 2009

Sous le soleil, tranquille auteur des moissons mûres...

C'est la fête du blé, c'est la fête du pain
Aux chers lieux d'autrefois revus après ces choses!
Tout bruit, la nature et l'homme, dans un bain
De lumière si blanc que les ombres sont roses.

L'or des pailles s'effondre au vol siffleur des faux
Dont l'éclair plonge, et va luire, et se réverbère.
La plaine, tout au loin couverte de travaux,
Change de face à chaque instant, gaie et sévère.

Tout halète, tout n'est qu'effort et mouvement
Sous le soleil, tranquille auteur des moissons mûres,
Et qui travaille encore imperturbablement
À gonfler, à sucrer là-bas les grappes sures.
Travaille, vieux soleil, pour le pain et le vin,
Nourris l'homme du lait de la terre, et lui donne
L'honnête verre où rit un peu d'oubli divin.
Moissonneurs, vendangeurs là-bas! votre heure est bonne!
(...)

Paul Verlaine...

Sunday, 16 August 2009

Les bras de mer...

De l'endroit où je suis
On voit les bras de mer,
Qui s'allongent puis renoncent
A mordre dans la terre...

Dans le lit, tard, nous sommes là,
Nous recommençons tout,
J'ai du mal à y croire,
Je vois des bras de mer...
Je vois des bras de mer...
Qui s'allongent...qui s'allongent...

Je vois des bras de mer...
Qui s'allongent...qui s'allongent...
Et qui mordent la terre...
Et la séparent enfin


Yann Tiersen, Les bras de mer...

Saturday, 15 August 2009

Le poète s'en va dans les champs...

Le poète s'en va dans les champs
Le poète s'en va dans les champs ; il admire,
Il adore ; il écoute en lui-même une lyre ;
Et le voyant venir, les fleurs, toutes les fleurs,
Celles qui des rubis font pâlir les couleurs,
Celles qui des paons même éclipseraient les queues,
Les petites fleurs d'or, les petites fleurs bleues,
Prennent, pour l'accueillir agitant leurs bouquets,
De petits airs penchés ou de grands airs coquets,
Et, familièrement, car cela sied aux belles :
- Tiens ! c'est notre amoureux qui passe ! disent-elles.
Et, pleins de jour et d'ombre et de confuses voix,
Les grands arbres profonds qui vivent dans les bois,
Tous ces vieillards, les ifs, les tilleuls, les érables,
Les saules tout ridés, les chênes vénérables,
L'orme au branchage noir, de mousse appesanti,
Comme les ulémas quand paraît le muphti,
Lui font de grands saluts et courbent jusqu'à terre
Leurs têtes de feuillée et leurs barbes de lierre,
Contemplent de son front la sereine lueur,
Et murmurent tout bas : C'est lui ! c'est le rêveur !


Victor Hugo, Les contemplations - Livre I, 1840

Thursday, 13 August 2009

Un fleuve me recueille, il m'emporte...

...
Un fleuve me recueille, il m'emporte, et je coule
Comme une veine au cœur des continents profonds.
Sur les longs pays plats ma nappe se déroule,
Ou s'engouffre à travers les monts.

Rien ne m'arrête plus ; dans mon élan rapide
J'obéis au courant, par le désir poussé,
Et je vole à mon but comme un grand trait liquide
Qu'un bras invisible a lancé.

Océan, ô mon père ! Ouvre ton sein, j'arrive !
Tes flots tumultueux m'ont déjà répondu ;
Ils accourent ; mon onde a reculé, craintive,
Devant leur accueil éperdu.

En ton lit mugissant ton amour nous rassemble.
Autour des noirs écueils ou sur le sable fin
Nous allons, confondus, recommencer ensemble
Nos fureurs et nos jeux sans fin...


Louise Ackermann, Le nuage...

Wednesday, 12 August 2009

A million miles away...

I hurt myself today
to see if I still feel
I focus on the pain
the only thing that's real
the needle tears a hole
the old familiar sting
try to kill it all away
but I remember everything
what have I become?
my sweetest friend
everyone I know
goes away in the end
and you could have it all
my empire of dirt

I will let you down
I will make you hurt

I wear this crown of thorns
upon my liar's chair
full of broken thoughts
I cannot repair
beneath the stains of time
the feelings disappear
you are someone else
I am still right here

What have I become?
my sweetest friend
everyone I know
goes away in the end
and you could have it all
my empire of dirt

I will let you down
I will make you hurt

If I could start again
a million miles away
I would keep myself
I would find a way



Johnny Cash... (Trent Reznor, Hurt...)

Sunday, 9 August 2009

Vague constance...

Fouille le rivage de ta langue de mer, efface la foulée des hommes abreuvés et dont tu as lavé jusqu'à l'arche du pied.

Lèche le bord des pages comme frôle la robe l'écume des paroles enluminées.

Envahit, pénètre les roches morcelées qui habitent la grève.

Mouille la glaise, estompe les moulages des insécurités qui portent la gravure de toute inspiration autour de la matière. Brise et casse ton moule et puis ton coquillage. Laisse sortir le son des ondes muselées...


Gaëna da Sylva...

Wednesday, 5 August 2009

Couronnées de thym et de marjolaine...

Couronnées de thym et de marjolaine,
Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

Ils l'entourent tous d'un essaim léger
Qui dans l'air muet semble voltiger.
-Hardi chevalier, par la nuit sereine,
Où vas-tu si tard dit la jeune Reine?
De mauvais esprits hantent les forêts;
Viens danser plutôt sur les gazons frais.


Charles Marie Leconte de Lisle, Les Elfes...

Sunday, 2 August 2009

Une source impossible à tarir...

Ô Muse ! que m'importe ou la mort ou la vie ?
J'aime, et je veux pâlir ; j'aime et je veux souffrir ;
J'aime, et pour un baiser je donne mon génie ;
J'aime, et je veux sentir sur ma joue amaigrie
Ruisseler une source impossible à tarir.


Alfred de Musset, La nuit d'août...