Thursday, 31 December 2009

Où de frémissants cœurs d'alexandrins...


À l'aube de l'année nouvelle; à l'aube d'une décennie... Qu'elles soient telles que désirées, dans tout le bien que nous pourrons... Que nous déciderons.

Art, musique... Mots. Images.

Créativité.

Enrobe
Anime
Fascination exquise
Le regard éperdu, tourné, céans
Où de frémissants cœurs
D’alexandrins
Font douze fois «padam».
Ils ont des pieds qui riment,
Délicats, gracieux
Solides, bien plantés…

Des pensées, des pinceaux…
Des collages sculptés
Des portées emportées
Des doigts pianissimo
Des mélodies qui chantent
Des lendemains qui rêvent
Là, près de la paume.
Des doigts savants
Qui savent tricoter
L’écharpe colorée pour tenir chaud dans les saisons
Au milieu des pluies
De feuilles
Et des pléiades floconneuses.

Ils sont les saisons, les joies, les peines.
Ils sont les créateurs.
Ils sont sans âge
Possèdent, de la jeunesse, encore
Les convictions où le tout possible
Est de l'audace

Ainsi, sans crainte
Rassemble des mots
Ceux qui feront mouvance
Ceux qui enfanteront
Des objets qui racontent
Des vérités

Bonne année...


"Bluebird of Delhi (Mynah)" et "Isfahan", Duke Ellington et Billy Strayhorn...

Friday, 25 December 2009

Des histoires du temps passé...

Photographe Québec
Qu'il est doux, qu'il est doux d'écouter des histoires,
Des histoires du temps passé,
Quand les branches d'arbres sont noires,
Quand la neige est épaisse et charge un sol glacé !
Quand seul dans un ciel pâle un peuplier s'élance,
Quand sous le manteau blanc qui vient de le cacher
L'immobile corbeau sur l'arbre se balance,
Comme la girouette au bout du long clocher ! (...)


Alfred de Vigny (1797-1863), La Neige...


The Choir of King's College Cambridge-Coventry Carol.

Thursday, 24 December 2009

Porte l'oiseau si léger...

Photographe Québec
Caresse sur l'océan
Porte l'oiseau si léger
Revenant de terres enneigées
Air éphémère de l'hiver
Au loin ton écho s'éloigne
Châteaux en Espagne
Vire au vent tournoie déploie tes ailes
Dans l'aube grise du levant
Trouve un chemin vers l'arc-en-ciel
Se découvrira le printemps

Caresse sur l'océan
Pose l'oiseau si léger
Sur la pierre d'une île immergée
Air éphémère de l'hiver
Enfin ton souffle s'éloigne
Loin dans les montagnes
Vire au vent tournoie déploie tes ailes
Dans l'aube grise du levant
Trouve un chemin vers l'arc-en-ciel
Se découvrira le printemps

Calme sur l'océan


Caresse sur l'océan, Paroles de Christophe Barratier et Bruno Coulais ; musique de Bruno Coulais.


Wednesday, 23 December 2009

J'aspirais toute la douceur sombre du mystérieux firmament...

Photographe Québec
Tout enfant, tu dormais près de moi, rose et fraîche,
Comme un petit Jésus assoupi dans sa crèche ;
Ton pur sommeil était si calme et si charmant
Que tu n'entendais pas l'oiseau chanter dans l'ombre ;
Moi, pensif, j'aspirais toute la douceur sombre
Du mystérieux firmament.

Et j'écoutais voler sur ta tête les anges ;
Et je te regardais dormir ; et sur tes langes
J'effeuillais des jasmins et des oeillets sans bruit ;
Et je priais, veillant sur tes paupières closes ;
Et mes yeux se mouillaient de pleurs, songeant aux choses
Qui nous attendent dans la nuit.

Un jour mon tour viendra de dormir ; et ma couche,
Faite d'ombre, sera si morne et si farouche
Que je n'entendrai pas non plus chanter l'oiseau ;
Et la nuit sera noire ; alors, ô ma colombe,
Larmes, prière et fleurs, tu rendras à ma tombe
Ce que j'ai fait pour ton berceau.


Victor Hugo (1802-1885), À ma fille Adèle...


Sting, Balulalow

Tuesday, 22 December 2009

Et de tout ce qui est si important...

Photographe Québec
Le temps passe
Nos jours se remplissent
De choses légères
Et de tout ce qui est si important

Libre de penser comme on veut
On finit par ne penser que comme on peut

Comme un flocon de neige
Qui tremble dans l’air
La chute est lente
Le vent déroute
Mais le chemin reste
Inexorable


Jules Delavigne, Conclusions, 2008...


Celtic Woman-Carol Of The Bells...

Monday, 21 December 2009

Je suis un enfant du monde...

Photographe Québec
Je suis un enfant du monde
j'aime la vie et les choses rondes
un ballon, un melon
je suis un enfant du monde
chaque matin à l'école
des amis, des bricoles
des problèmes j'en raffole
je suis un enfant du monde
tous les soirs père et mère
un dîner, une histoire
puis dormir et des rires
je suis un enfant du monde
faites de beaux rêves
mes enfants du rêve.


Hakim , de Bejaia, 12 ans


The Choir of King's College Cambridge sing John Gardner's setting of "Tomorrow Shall be my Dancing Day".

Sunday, 20 December 2009

Le regard de l'enfant pur et fin...

Photographe Québec
La pluie des flocons, des étoiles d'araignées
gelées, ornent murs et fissures entrelacés

Posés sur tout,
La neige et le regard de l'enfant pur et fin
Le sourire que je saurais...

Gaëna da Sylva...


Yann Tiersen & Shannon Wright - Dragon Fly

Saturday, 19 December 2009

Comme la peau du coeur...


Encore du blanc pour se perdre. Même quand il fait sombre, on y voit clair dans toute cette neige de lumière froide. Il faut parler souvent des éléments car ils font partie de nous comme la peau et le coeur. Comme la peau du coeur.

...et les petits matins blêmes, aussi... De ceux qui font marcher lentement pour ne pas réveiller le temps endormi. Il faut parler du temps aussi parce que c'est lui qui n'a pas d'âge, qui a la nuit des temps et les jours de récoltes...

Gaëna da Sylva


The Dave Brubeck Quartet - Bluette

Sunday, 13 December 2009

Whoever you are, now I place my hand upon you, that you be my poem...

Whoever you are, I fear you are walking the walks of
dreams,
I fear these supposed realities are to melt from under your
feet and hands,
Even now your features, joys, speech, house, trade, manners,
troubles, follies, costume, crimes, dissipate away from you,
Your true soul and body appear before me,
They stand forth out of affairs, out of commerce, shops,
work, farms, clothes, the house, buying, selling, eating,
drinking, suffering, dying.

Whoever you are, now I place my hand upon you, that you
be my poem,
I whisper with my lips close to your ear,
I have loved many women and men, but I love none better
than you.

O I have been dilatory and dumb,
I should have made my way straight to you long ago,
I should have blabb'd nothing but you, I should have chanted
nothing but you.

I will leave all and come and make the hymns of you,
None has understood you, but I understand you,
None has done justice to you, you have not done justice to
yourself,
None but has found you imperfect, I only find no
imperfection in you,
None but would subordinate you, I only am he who will
never consent to subordinate you,
I only am he who places over you no master, owner, better,
God, beyond what waits intrinsically in yourself.

Painters have painted their swarming groups and the centre-
figure of all,
From the head of the centre-figure spreading a nimbus of
gold-color'd light,
But I paint myriads of heads, but paint no head without its
nimbus of gold-color'd light,
From my hand from the brain of every man and woman it
streams, effulgently flowing forever.

O I could sing such grandeurs and glories about you!
You have not known what you are, you have slumber'd upon
yourself all your life,
Your eyelids have been the same as closed most of the time,
What you have done returns already in mockeries,
(Your thrift, knowledge, prayers, if they do not return in
mockeries, what is their return?)

The mockeries are not you,
Underneath them and within them I see you lurk,
I pursue you where none else has pursued you,
Silence, the desk, the flippant expression, the night, the
accustom'd routine, if these conceal you from others or
from yourself, they do not conceal you from me,
The shaved face, the unsteady eye, the impure complexion, if
these balk others they do not balk me,
The pert apparel, the deform'd attitude, drunkenness, greed,
premature death, all these I part aside.

There is no endowment in man or woman that is not tallied
in you,
There is no virtue, no beauty in man or woman, but as good
is in you,
No pluck, no endurance in others, but as good is in you,
No pleasure waiting for others, but an equal pleasure waits
for you.

As for me, I give nothing to any one except I give the like
carefully to you,
I sing the songs of the glory of none, not God, sooner than
I sing the songs of the glory of you.

Whoever you are! claim your own at an hazard!
These shows of the East and West are tame compared to you,
These immense meadows, these interminable rivers, you are
immense and interminable as they,
These furies, elements, storms, motions of Nature, throes of
apparent dissolution, you are he or she who is master or
mistress over them,
Master or mistress in your own right over Nature, elements,
pain, passion, dissolution.

The hopples fall from your ankles, you find an unfailing
sufficiency,
Old or young, male or female, rude, low, rejected by the rest,
whatever you are promulges itself,
Through birth, life, death, burial, the means are provided,
nothing is scanted,
Through angers, losses, ambition, ignorance, ennui, what
you are picks its way.

To You
, by Walt Whitman...

Sunday, 29 November 2009

I have my freedom but I don't have much time...

Childhood living is easy to do
The things you wanted I bought them for you
Graceless lady, you know who I am,
You know I can't let you slide through my hands

Wild Horses,
Couldn't drag me away,
Wild, wild horses,
Couldn't drag me away...

I watched you suffer a dull, aching pain
Now you decided to show me the same
No sweeping exits or offstage lines,
Can make me feel bitter or treat you unkind

Wild Horses,
Couldn't drag me away,Wild, wild horses,
Couldn't drag me away...

I know I dreamed you a sin and a lie,
I have my freedom but I don't have much time
Faith has been broken tears must be cried,
Let's do some living after we die

Wild Horses,
Couldn't drag me away,
Wild, wild horses,
We'll ride them someday

Wild Horses,
Couldn't drag me away,
Wild, wild horses,
We'll ride them someday


Keith Richards, Mick Jagger, Wild Horses...

Friday, 27 November 2009

Et j'ai tenu l'odeur des saisons dans mes mains...

Nature au coeur profond sur qui les cieux reposent,
Nul n'aura comme moi si chaudement aimé
La lumière des jours et la douceur des choses,
L'eau luisante et la terre où la vie a germé.

La forêt, les étangs et les plaines fécondes
Ont plus touché mes yeux que les regards humains,
Je me suis appuyée à la beauté du monde
Et j'ai tenu l'odeur des saisons dans mes mains.

J'ai porté vos soleils ainsi qu'une couronne
Sur mon front plein d'orgueil et de simplicité,
Mes jeux ont égalé les travaux de l'automne
Et j'ai pleuré d'amour aux bras de vos étés.

Je suis venue à vous sans peur et sans prudence
Vous donnant ma raison pour le bien et le mal,
Ayant pour toute joie et toute connaissance
Votre âme impétueuse aux ruses d'animal.

Comme une fleur ouverte où logent des abeilles
Ma vie a répandu des parfums et des chants,
Et mon coeur matineux est comme une corbeille
Qui vous offre du lierre et des rameaux penchants.

Soumise ainsi que l'onde où l'arbre se reflète,
J'ai connu les désirs qui brûlent dans vos soirs
Et qui font naître au coeur des hommes et des bêtes
La belle impatience et le divin vouloir.

Je vous tiens toute vive entre mes bras, Nature.
Ah ! faut-il que mes yeux s'emplissent d'ombre un jour,
Et que j'aille au pays sans vent et sans verdure
Que ne visitent pas la lumière et l'amour...


Anna de Noailles, L' Offrande à la nature...

Tuesday, 24 November 2009

Et les grands ciels qui font rêver d'éternité...

Je veux, pour composer chastement mes églogues,
Coucher auprès du ciel, comme les astrologues,
Et, voisin des clochers, écouter en rêvant
Leurs hymnes solennels emportés par le vent.
Les deux mains au menton, du haut de ma mansarde,
Je verrai l'atelier qui chante et qui bavarde ;
Les tuyaux, les clochers, ces mâts de la cité,
Et les grands ciels qui font rêver d'éternité.

Il est doux, à travers les brumes, de voir naître
L'étoile dans l'azur, la lampe à la fenêtre,
Les fleuves de charbon monter au firmament
Et la lune verser son pâle enchantement.
Je verrai les printemps, les étés, les automnes ;
Et quand viendra l'hiver aux neiges monotones,
Je fermerai partout portières et volets
Pour bâtir dans la nuit mes féeriques palais.
Alors je rêverai des horizons bleuâtres,
Des jardins, des jets d'eau pleurant dans les albâtres,
Des baisers, des oiseaux chantant soir et matin,
Et tout ce que l'Idylle a de plus enfantin.
L'Émeute, tempêtant vainement à ma vitre,
Ne fera pas lever mon front de mon pupitre ;
Car je serai plongé dans cette volupté
D'évoquer le Printemps avec ma volonté,
De tirer un soleil de mon cœur, et de faire
De mes pensers brûlants une tiède atmosphère.


Charles Baudelaire, Les fleurs du mal (Paysage)

Monday, 16 November 2009

Dans mon âme je m’avance...

Dans mon âme je m’avance,
Tout ailé de confiance :
C’est la première oraison !
À peine sorti des sables,
Je fais des pas admirables
Dans les pas de ma raison.(...)

Mais secrètes araignées
Dans les ténèbres de toi !

Ne seras-tu pas de joie
Ivre ! à voir de l’ombre issus
Cent mille soleils de soie
Sur tes énigmes tissus ?
Regarde ce que nous fîmes :
Nous avons sur tes abîmes
Tendu nos fils primitifs,
Et pris la nature nue
Dans une trame ténue
De tremblants préparatifs…

Leur toile spirituelle,
Je la brise, et vais cherchant
Dans ma forêt sensuelle
Les oracles de mon chant.
Être ! Universelle oreille !
Toute l’âme s’appareille
À l'extrême du désir...
Elle s’écoute qui tremble
Et parfois ma lèvre semble
Son frémissement saisir.

Voici mes vignes ombreuses,
Les berceaux de mes hasards !
Les images sont nombreuses
À l’égal de mes regards...
Toute feuille me présente
Une source complaisante
Où je bois ce frêle bruit...
Tout m’est pulpe, tout amande,
Tout calice me demande
Que j’attende pour son fruit.(...)


Paul Valéry, Aurore...

Sunday, 15 November 2009

La décadanse...

Que tes mains
Frôlent mes seins
Et mon cœur
Qui est le tien(...)
Patience
La décadanse
Sous mes doigts
T'emmènera
Vers de lointains
Au-delà
- Des eaux troubles
Soudain troublent
Mes sens
La décadanse
M'a perdue
Ah tu me tues
Mon amour
Dis m'aimes-tu ?
- Je t'aimais
Déjà mais
Nuance
La décadanse
Plus encore
Que notre mort
Lie nos âmes
Et nos corps...


Serge Gainsbourg, La décadanse...

Saturday, 14 November 2009

Poésies et vérités...

Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable de neige
J'écris ton nom

Sur les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J'écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J'écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l'écho de mon enfance
J'écris ton nom

Sur les champs sur l'horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J'écris ton nom

Sur chaque bouffée d'aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J'écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J'écris ton nom

Sur la lampe qui s'allume
Sur la lampe qui s'éteint
Sur mes raisons réunies
J'écris ton nom

Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer Liberté


Paul Éluard, Poésie et vérités (1942)...

Thursday, 12 November 2009

C'est d'avoir à qui confier un secret...

Un des plus grands bonheurs de cette vie, c'est l'amitié; et l'un des bonheurs de l'amitié, c'est d'avoir à qui confier un secret.

Alessandro Manzoni, Le Comte de Carmagnola

Monday, 9 November 2009

Lost in Translation...

But nothing's lost. Or else: all is translation
And every bit of us is lost in it
(Or found—I wander through the ruin of S
Now and then, wondering at the peacefulness)
And in that loss a self-effacing tree,
Color of context, imperceptibly
Rustling with its angel, turns the waste
To shade and fiber, milk and memory.


James Merrill, Lost in Translation...

Sunday, 25 October 2009

C'est un peu fondre comme le givre...

Rien n'est précaire comme vivre
Rien comme être n'est passager
C'est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J'arrive où je suis étranger
Un jour tu passes la frontière
D'où viens-tu mais où vas-tu donc
Demain qu'importe et qu'importe hier
Le coeur change avec le chardon
Tout est sans rime ni pardon
Passe ton doigt là sur ta tempe
Touche l'enfance de tes yeux
Mieux vaut laisser basses les lampes
La nuit plus longtemps nous va mieux
C'est le grand jour qui se fait vieux
Les arbres sont beaux en automne
Mais l'enfant qu'est-il devenu
Je me regarde et je m'étonne
De ce voyageur inconnu
De son visage et ses pieds nus
Peu a peu tu te fais silence
Mais pas assez vite pourtant
Pour ne sentir ta dissemblance
Et sur le toi-même d'antan
Tomber la poussière du temps...


Louis Aragon (1897-1982), J'arrive où je suis étranger...

Sunday, 18 October 2009

Où vous dansez éperdument...

Indiquez-moi la douce allée
Qui mène à ce pays charmant;
Quel est le nom de la vallée
Où vous dansez éperdument?

Comme je vois à tous vos gestes,
à vos secrets qu'on peut saisir,
A toutes vos mines célestes (...)


Anna de Noailles, Danseuse persane...

Saturday, 10 October 2009

Comme une chambre ouverte sur un jardin...


Que la lumière est douce! Au rebord des fossés herbeux, que la rosée est froide! Si je n'ai plus trouvé, sous les taillis et dans les prés, le peuple charmant des petites fleurs minces, myosotis et silènes, narcisses et pâquerettes printanières... si les sceaux de Salomon et les muguets ont défleuri, depuis longtemps, leurs cloches retombantes, j'ai pu du moins baigner mes mains nues, mes jambes frissonnantes, dans une herbe égale et profonde, vautrer ma fatigue au velours sec des mousses et des aiguilles de pin, cuire mon repos sans pensée au soleil rude et montant... Je suis pénétrée de rayons, traversée de souffles, sonores de cigales et de cris d'oiseaux, comme une chambre ouverte sur un jardin...

Colette, Claudine en ménage, p.231.

Sunday, 27 September 2009

Elle construit des bateaux sur terre...

Belle mais étrange patrie
Que celle qui m’a été donnée

Elle jette les filets pour prendre des poissons
Et c’est des oiseaux qu’elle attrape
Elle construit des bateaux sur terre
Et des jardins sur l’eau

Belle mais étrange patrie
Que celle qui m’a été donnée

Elle menace de prendre une pierre
Elle renonce
Elle fait mine de la creuser
Et des miracles naissent

Belle mais étrange patrie
Que celle qui m’a été donnée

Avec une petite barque
Elle atteint des océans
Elle cherche la révolte
Et s’offre des tyrans

Belle mais étrange patrie...


Poème d’Odysseus Elytis (Omorphi ke paraxeni patrida), musique Angélique Ionatos...

Saturday, 12 September 2009

Le parfum de la dame en noir...

- Dans la ville d'ébène et d'or,
Sombre dame des carrefours,
Qu'attendre, après tant de jours,
Qu'attendre encor ?

- Les chiens du noir espoir ont aboyé, ce soir,
Vers les lunes de mes deux yeux,
Si longuement, vers mes deux yeux silencieux,
Si longuement et si terriblement, ce soir,
Vers les lunes de mes deux yeux en noir. (...)


Émile Verhaeren (1855-1916), La dame en noir...

Monday, 17 August 2009

Sous le soleil, tranquille auteur des moissons mûres...

C'est la fête du blé, c'est la fête du pain
Aux chers lieux d'autrefois revus après ces choses!
Tout bruit, la nature et l'homme, dans un bain
De lumière si blanc que les ombres sont roses.

L'or des pailles s'effondre au vol siffleur des faux
Dont l'éclair plonge, et va luire, et se réverbère.
La plaine, tout au loin couverte de travaux,
Change de face à chaque instant, gaie et sévère.

Tout halète, tout n'est qu'effort et mouvement
Sous le soleil, tranquille auteur des moissons mûres,
Et qui travaille encore imperturbablement
À gonfler, à sucrer là-bas les grappes sures.
Travaille, vieux soleil, pour le pain et le vin,
Nourris l'homme du lait de la terre, et lui donne
L'honnête verre où rit un peu d'oubli divin.
Moissonneurs, vendangeurs là-bas! votre heure est bonne!
(...)

Paul Verlaine...

Sunday, 16 August 2009

Les bras de mer...

De l'endroit où je suis
On voit les bras de mer,
Qui s'allongent puis renoncent
A mordre dans la terre...

Dans le lit, tard, nous sommes là,
Nous recommençons tout,
J'ai du mal à y croire,
Je vois des bras de mer...
Je vois des bras de mer...
Qui s'allongent...qui s'allongent...

Je vois des bras de mer...
Qui s'allongent...qui s'allongent...
Et qui mordent la terre...
Et la séparent enfin


Yann Tiersen, Les bras de mer...

Saturday, 15 August 2009

Le poète s'en va dans les champs...

Le poète s'en va dans les champs
Le poète s'en va dans les champs ; il admire,
Il adore ; il écoute en lui-même une lyre ;
Et le voyant venir, les fleurs, toutes les fleurs,
Celles qui des rubis font pâlir les couleurs,
Celles qui des paons même éclipseraient les queues,
Les petites fleurs d'or, les petites fleurs bleues,
Prennent, pour l'accueillir agitant leurs bouquets,
De petits airs penchés ou de grands airs coquets,
Et, familièrement, car cela sied aux belles :
- Tiens ! c'est notre amoureux qui passe ! disent-elles.
Et, pleins de jour et d'ombre et de confuses voix,
Les grands arbres profonds qui vivent dans les bois,
Tous ces vieillards, les ifs, les tilleuls, les érables,
Les saules tout ridés, les chênes vénérables,
L'orme au branchage noir, de mousse appesanti,
Comme les ulémas quand paraît le muphti,
Lui font de grands saluts et courbent jusqu'à terre
Leurs têtes de feuillée et leurs barbes de lierre,
Contemplent de son front la sereine lueur,
Et murmurent tout bas : C'est lui ! c'est le rêveur !


Victor Hugo, Les contemplations - Livre I, 1840

Thursday, 13 August 2009

Un fleuve me recueille, il m'emporte...

...
Un fleuve me recueille, il m'emporte, et je coule
Comme une veine au cœur des continents profonds.
Sur les longs pays plats ma nappe se déroule,
Ou s'engouffre à travers les monts.

Rien ne m'arrête plus ; dans mon élan rapide
J'obéis au courant, par le désir poussé,
Et je vole à mon but comme un grand trait liquide
Qu'un bras invisible a lancé.

Océan, ô mon père ! Ouvre ton sein, j'arrive !
Tes flots tumultueux m'ont déjà répondu ;
Ils accourent ; mon onde a reculé, craintive,
Devant leur accueil éperdu.

En ton lit mugissant ton amour nous rassemble.
Autour des noirs écueils ou sur le sable fin
Nous allons, confondus, recommencer ensemble
Nos fureurs et nos jeux sans fin...


Louise Ackermann, Le nuage...

Wednesday, 12 August 2009

A million miles away...

I hurt myself today
to see if I still feel
I focus on the pain
the only thing that's real
the needle tears a hole
the old familiar sting
try to kill it all away
but I remember everything
what have I become?
my sweetest friend
everyone I know
goes away in the end
and you could have it all
my empire of dirt

I will let you down
I will make you hurt

I wear this crown of thorns
upon my liar's chair
full of broken thoughts
I cannot repair
beneath the stains of time
the feelings disappear
you are someone else
I am still right here

What have I become?
my sweetest friend
everyone I know
goes away in the end
and you could have it all
my empire of dirt

I will let you down
I will make you hurt

If I could start again
a million miles away
I would keep myself
I would find a way



Johnny Cash... (Trent Reznor, Hurt...)

Sunday, 9 August 2009

Vague constance...

Fouille le rivage de ta langue de mer, efface la foulée des hommes abreuvés et dont tu as lavé jusqu'à l'arche du pied.

Lèche le bord des pages comme frôle la robe l'écume des paroles enluminées.

Envahit, pénètre les roches morcelées qui habitent la grève.

Mouille la glaise, estompe les moulages des insécurités qui portent la gravure de toute inspiration autour de la matière. Brise et casse ton moule et puis ton coquillage. Laisse sortir le son des ondes muselées...


Gaëna da Sylva...

Wednesday, 5 August 2009

Couronnées de thym et de marjolaine...

Couronnées de thym et de marjolaine,
Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

Ils l'entourent tous d'un essaim léger
Qui dans l'air muet semble voltiger.
-Hardi chevalier, par la nuit sereine,
Où vas-tu si tard dit la jeune Reine?
De mauvais esprits hantent les forêts;
Viens danser plutôt sur les gazons frais.


Charles Marie Leconte de Lisle, Les Elfes...

Sunday, 2 August 2009

Une source impossible à tarir...

Ô Muse ! que m'importe ou la mort ou la vie ?
J'aime, et je veux pâlir ; j'aime et je veux souffrir ;
J'aime, et pour un baiser je donne mon génie ;
J'aime, et je veux sentir sur ma joue amaigrie
Ruisseler une source impossible à tarir.


Alfred de Musset, La nuit d'août...

Monday, 27 July 2009

Perhaps this was one of the unravished places...

So she sat, looking at the rain, listening to the many noiseless noises of it, and to the strange soughings of wind in upper branches, when there seemed to be no wind. Old oak-trees stood around, grey, powerful trunks, rain-blackened, round and vital, throwing off reckless limbs. The ground was fairly free of undergrowth, the anemones sprinkled, there was a bush or two, elder, or guelder-rose, and a purplish tangle of bramble: the old russet of bracken almost vanished under green anemone ruffs. Perhaps this was one of the unravished places. Unravished! The whole world was ravished.

Some things can't be ravished. You can't ravish a tin of sardines. And so many women are like that; and men. But the earth…!

The rain was abating. It was hardly making darkness among the oaks any more.


D. H. Lawrence, Lady Chatterley's Lover...

Saturday, 25 July 2009

J'aimais le feu et la tendresse, tu vois je vous rêvais déjà...

J'aimais les fées et les princesses
Qu'on me disait n'exister pas
J'aimais le feu et la tendresse
Tu vois je vous rêvais déjà

J'aimais les tours hautes et larges
Pour voir au large venir l'amour
J'aimais les tours de cœur de garde
Tu vois je vous guettais déjà

J'aimais le col ondoyant des vagues
Les saules nobles languissant vers moi
J'aimais la ligne tournante des algues
Tu vois je vous savais déjà

J'aimais courir jusqu'à tomber
J'aimais la nuit jusqu'au matin
Je n'aimais rien non j'ai adoré
Tu vois je vous aimais déjà

J'aimais l'été pour ses orages
Et pour la foudre sur le toit
J'aimais l'éclair sur ton visage
Tu vois je vous brûlais déjà

J'aimais la pluie noyant l'espace
Au long des brumes du pays plat
J'aimais la brume que le vent chasse
Tu vois je vous pleurais déjà

J'aimais la vigne et le houblon
Les villes du Nord les laides de nuit
Les fleuves profonds m'appelant au lit
Tu vois je vous oubliais déjà


Jacques Brel, J'aimais...

Sunday, 5 July 2009

Give Me the Splendid Silent Sun...

Keep your splendid silent sun,
Keep your woods O Nature, and the quiet places by the woods,
Keep your fields of clover and timothy, and your corn-fields and orchards,
Keep the blossoming buckwheat fields where the Ninth-month bees hum(...)

(...)Give me interminable eyes...


Walt Whitman, Give Me the Splendid Silent Sun...

Wednesday, 1 July 2009

La pesanteur et la grâce...

Le beau est un attrait charnel qui tient à distance et implique une renonciation.

(...)Rester immobile et s'unir à ce qu'on désire et dont on n'approche pas.

(...)La distance est l'âme du beau.


Simone Weil, La pesanteur et la grâce...

Tuesday, 30 June 2009

Je vous demande, en définitive, de me donner votre foi sans me connaître, d’aimer avec moi la même image imprévisible…


J’ai des idées de gestes sans maladresse, de voix inouïes, de sueurs incalculables. (…) et malgré cette lanterne que vous apercevez là, au bout de mon stylo, je ne parviens pas à en souligner les contours, à en noircir les ombres. Je voudrais l’ourler, en quelque sorte, ce personnage que je n’ai fait qu’ourdir… Me comprenez-vous?

(…)

Je vous demande, en définitive, de me donner votre foi sans me connaître, d’aimer avec moi la même image imprévisible…


Philippe Léotard, Cinéma...

Saturday, 20 June 2009

J'aime dans le temps Clara D'Ellébeuse...

J'aime dans le temps Clara d'Ellébeuse,
l'écolière des anciens pensionnats,
qui allait, les soirs chauds, sous les tilleuls
lire les magazines d'autrefois.

Je n'aime qu'elle, et je sens sur mon coeur
la lumière bleue de sa gorge blanche.
Ou est-elle? Où donc était ce bonheur?
Dans sa chambre claire il entrait des branches.

Elle n'est peut-être pas encore morte
— ou peut-être que nous l'étions tous deux.
La grande cour avait des feuilles mortes
dans le vent froid des fins d'été très vieux.

Te souviens-tu ces plumes de paon,
dans un grand vase, auprès des coquillages? . . .
on apprenait qu'on avait fait naufrage,
on appelait Terre-Neuve: le Banc.

Viens, viens, ma chère Clara d'Ellébeuse:
aimons-nous encore si tu existes.
Le vieux jardin a de vieilles tulipes.
Viens toute nue, ô Clara d'Ellébeuse.

Francis Jammes

Sunday, 7 June 2009

Où dans la rosée rose, se peignent les lapins...

(...)Je regarde les bois luisants et noirs s'étendre
Comme de grands morceaux de feuille de silence.

(...)Je voudrais être pareil au joli matin
Où dans la rosée rose, se peignent les lapins.

(...)Les geais d'azur feraient un ciel qui chanterait
dans la chaleur glacée de la grande forêt.


Francis Jammes, Pour avoir la foi dans la forêt...

Friday, 5 June 2009

Le baume végétal qui flotte dans l'air bleu...


Les pesants papillons ont alangui les fleurs,
Le cytise odorant et la belle mélisse
Infusent doucement dans la grande chaleur...

Le baume végétal qui flotte dans l'air bleu
Enduit d'un miel léger son âme complaisante...


Anna de Noailles, Bittô...


Monday, 1 June 2009

Le magnolia inimitable de la nuit...

Le chat rêve et ronronne dans la lutherie brune. Il scrute le fond de l'ébène et de biais lape à distance le tout vif acajou. C'est l'heure où le sphinx de la garance détend par milliers sa trompe autour de la fontaine de Vaucluse et où partout la femme n'est plus qu'un calice débordant de voyelles en liaison avec le magnolia inimitable de la nuit.

André Breton, Femme et oiseau...

Sunday, 31 May 2009

Water music impressionist...

La mer brille comme une coquille
On a envie de la pêcher
La mer est verte
La mer est grise
Elle est d'azur
Elle est d'argent et de dentelle


Paul Fort

Monday, 25 May 2009

Your tiny spark...

Twinkle, twinkle, little star,
How I wonder what you are!
Up above the world so high,
Like a diamond in the sky.
Twinkle, twinkle, little star,
How I wonder what you are!
When the blazing sun is gone,
When he nothing shines upon,
Then you show your little light,
Twinkle, twinkle, all the night.
Twinkle, twinkle, little star,
How I wonder what you are!
Then the traveller in the dark,
Thanks you for your tiny spark,
He could not see which way to go,
If you did not twinkle so.
Twinkle, twinkle, little star,
How I wonder what you are!
In the dark blue sky you keep,
And often through my curtains peep,
For you never shut your eye,
Till the sun is in the sky.
Twinkle, twinkle, little star,
How I wonder what you are!
As your bright and tiny spark,
Lights the traveller in the dark,—
Though I know not what you are,
Twinkle, twinkle, little star.
Twinkle, twinkle, little star,
How I wonder what you are!


Jane Taylor (The Star) 1806, Rhymes for the Nursery...

Thursday, 21 May 2009

Beatrice, she got a phonograph...

Beatrice, she got a phonograph
and it won't say a lonesome word
Beatrice, she got a phonograph
and it won't say a lonesome word
What evil have I done
what evil has the poor girl heard
Beatrice I love my phonograph
but you have broke my windin chain
Beatrice I love my phonogra-ooo
honey you have broke my windin chain
And you've taken my lovin
and give it to your other man
Now we played it on the sofa now
we played it side the wall
My needles have got rusty babe
they will not play at all
Now we played it on the sofa
we played it side the wall
My needles have got rusty
and it will not play at all
Beatrice I go crazy
baby I will lose my mind
And I go crazeeeee
honey I will lose my mind
Why dont-ya bring your clothes back home
and try me one more time
She got a phonograph
and it won't say a lonesome word
She got a phonograph
ooo-won't say a lonesome word
What evil have I done
or what evil have the poor girl heard...


Robert Johnson... Phonograph Blues...

Sunday, 17 May 2009

Ma pensée douce comme la bruine...

Je mettrai des jacinthes blanches
à ma fenêtre, dans l'eau claire
qui paraitra bleue dans le verre.

Je mettrai sur ta gorge blanche
et luisante comme un caillou
du ruisseau...

(...)

La plus douce de mes caresse...


Francis Jammes...

Friday, 15 May 2009

En pays connu...

Faut-il peindre ce qu'il y a sur un visage ?
Ce qu'il y a dans un visage ?
Ou ce qui se cache derrière un visage ?


Pablo Picasso...

Wednesday, 13 May 2009

Comme l'hiver on pense au soleil...

Quand je suis triste, je pense à vous, comme l'hiver on pense au soleil, et quand je suis gai, je pense à vous, comme en plein soleil on pense à l'ombre.

Victor Hugo, Extrait de J. Huas, Juliette Drouet. Le bel amour de Victor Hugo...

Sunday, 10 May 2009

Voir un ami pleurer...

...Et les peuplades sans musique
Bien sûr tout ce manque de tendres
Il n`y a plus d`Amérique
Bien sûr l`argent n`a pas d`odeur
Mais pas d`odeur me monte au nez
Bien sûr on marche sur les fleurs
Mais voir un ami pleurer!

Bien sûr il y a nos défaites
Et puis la mort qui est tout au bout
Nos corps inclinent déjà la tête
Étonnés d`être encore debout...


Jacques Brel, Voir un ami pleurer...

Monday, 20 April 2009

And you're the one that makes me feel...

In each little thing I do
I can find a piece of you
In each twist of time
In each twist of mind
That I find to think of you
I'm alive
It's so strange to be alive

It might take me two thousand years
Not to sing this song in tears
'Cause I feel so small
In this big black hole
And you're the one that makes me feel
I'm alive
It's so strange to be alive

Could we stay aroud
Like a big blue sea
That has been around
For some billions centuries
'Cause I think I could do
With a trip with you
On The Big Blue Sea
For some billions centuries

Emily Loizeau...

Thursday, 2 April 2009

La fenêtre...

Je veux une fenêtre pour regarder ton âme et des racines pour croire que j'appartiens quelque part...

Gaëna da Sylva...

Saturday, 28 March 2009

Promenade sauvage...

J'écoute marcher dans mes jambes
La mer morte vagues par dessus tête

Enfant la jetée promenade sauvage
Homme l'illusion imitée

Des yeux purs dans les bois
Cherchent en pleurant la tête habitable.


René CHAR

Friday, 13 March 2009

Les deux mains au menton, du haut de ma mansarde...


...
Car je serai plongé dans cette volupté
D'évoquer le Printemps avec ma volonté,
De tirer un soleil de mon coeur, et de faire
De mes pensers brûlants une tiède atmosphère.


Charles BAUDELAIRE (1821-1867,
Paysages...