Thursday, 28 February 2008

Si seulement l'image de la chose...

Si seulement l'image de la chose
Fait à noz yeux la chose concevoir,
Et si mon oeil n'a puissance de voir,
Si quelqu'idole au devant ne s'oppose :

Que ne m'a fait celuy qui tout compose,
Les yeux plus grands, afin de mieux pouvoir
En leur grandeur, la grandeur recevoir
Du simulachre où ma vie est enclose ?

Certes le ciel trop ingrat de son bien,
Qui seul la fit, et qui seul vit combien
De sa beauté divine estoit l'Idée,

Comme jaloux d'un bien si precieux,
Silla le monde, et m'aveugla les yeux,
Pour de luy seul seule estre regardée.

Pierre de Ronsard...

Wednesday, 27 February 2008

La vie de château...


Il faut boire jusqu'à l'ivresse sa jeunesse
Car tous les instants de nos vingt ans nous sont comptés
Et jamais plus le temps perdu ne nous fait face.

Charles Aznavour...

Tuesday, 26 February 2008

Sunday, 24 February 2008

Au loin, le Saint-Laurent...

Mais au cœur du joyeux hiver,
C'est les rues de Québec que je préfère.
Dans les rues de Québec,
Par temps gris, par temps sec,
J'aime aller, nez au vent,
Cœur joyeux, en rêvant.
Bien des gens me sourient
En pensant à Paris...

Soirs exquis de l'hiver,
Feux de bois et chaumières,
Je vous aime par temps sec
Dans les rues, dans les rues,
Dans les rues du vieux Québec.


Charles Trenet...

Saturday, 23 February 2008

Il y a le possible, cette fenêtre du rêve...

...ouverte sur le réel.
Victor Hugo...

La fenêtre, en province, remplace le théâtre et les promenades.
Gustave Flaubert...

Friday, 22 February 2008

Thursday, 21 February 2008

...Un pré où des narcisses, fleuris en ronde...


Je revenais à la cloche de la première messe. Mais pas avant d'avoir mangé mon soûl, pas avant d'avoir, dans les bois, décrit un grand circuit de chien qui chasse seul, et goûté l'eau de deux sources perdues, que je révérais. L'une se haussait hors de la terre par une convulsion cristalline, une sorte de sanglot, et traçait elle-même son lit sableux. Elle se décourageait aussitôt née et replongeait sous la terre. L'autre source, presque invisible, froissait l'herbe comme un serpent, s'étalait secrète au centre d'un pré où des narcisses, fleuris en ronde, attestaient seuls sa présence. La première avait goût de feuille de chêne, la seconde de fer et de tige de jacinthe... Rien qu'à parler d'elles je souhaite que leur saveur m'emplisse la bouche au moment de tout finir, et que j'emporte, avec moi, cette gorgée imaginaire...»

Colette, Sido...

Wednesday, 20 February 2008

À fleur de toile...

Les papillons ne sont que des fleurs envolées un jour de fête où la nature était en veine d'invention et de fécondité.
George Sand, Contes d'une Grand-Mère...

Tuesday, 19 February 2008

Les oiseaux déguisés...

Le peintre assis devant sa toile
A-t-il jamais peint ce qu'il voit
Ce qu'il voit son histoire voile
Et ses ténèbres sont étoiles
Comme chanter change la voix

Ses secrets partout qu'il expose
Ce sont des oiseaux déguisés
Son regard embellit les choses
Et les gens prennent pour des roses
La douleur dont il est brisé...

Louis Aragon...

Saturday, 16 February 2008

...Dans le secret de sa vie engloutie...

Elle vous chante un amour sans ombrages : il arrive avec le vent. Il vient s'atteindre lui-même dans le silence qui est en nous. Il dort à même nos songes, et plus rien ne sait le dire. C'est un ange enivré d'eau de source, c'est une lettre étourdie de lumière. C'est la fin d'une journée, et le ciel qui revient. C'est une voix dans le sang, qui dit que tout est grâce.

Christian Bobin, Lettres d'or...

Friday, 15 February 2008

Le port de plaisance...


...
Qu'au milieu des écueils on rencontre le port.

Thomas Corneille, Le geôlier de soi-même...

Wednesday, 13 February 2008

Tourmente...


La plénitude de l'amour du prochain, c'est simplement d'être capable de lui demander : "Quel est ton tourment ?"

Simone Weil

La chair lisse du marbre aux féminins contours ...

Je comprends mieux, en les frôlant, les choses belles,
Je partage leur vie intense en les touchant,
C'est alors que je sais ce qu'elles ont en elles
De noble, de très doux et de pareil au chant.

Renée Vivien

Thursday, 7 February 2008

Puisque vous avez bien voulu me visiter...

...
Vous serez dans mon coeur comme une forteresse
Et je serai l'archer qui veille dans la tour,
Vous serez au pays profond de ma tendresse,
Entre les jardins verts de mes fines ivresses,
La route de soleil sans ombre et sans détour...

Anna de Noailles, La conscience (Le coeur innombrable)

Wednesday, 6 February 2008

Il est un arbre au cimetière...

...Poussant en pleine liberté
Non planté par un deuil dicté, - Qui flotte au long d'une humble pierre.
Sur cet arbre, été comme hiver
Un oiseau vient qui chante clair
Sa chanson tristement fidèle.
Cet arbre et cet oiseau c'est nous : Toi le souvenir, moi l'absence
Que le temps - qui passe - recense...

Paul verlaine...

Tuesday, 5 February 2008

Avec mes rêves...

...
Dans la cheminée, le vent pleure,
Les roses s'effeuillent sans bruit,
L'horloge, en marquant les quarts d'heure,
D'un son grêle berce l'ennui.

Paul Durand, Je suis seule ce soir, 1941

Sunday, 3 February 2008

Et d'ineffables vents m'ont ailé par instants...

...à la sérénité où tout s'avance... Schawn
...
Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d'astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;

Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
Et rhythmes lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l'alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l'amour !

Arthur Rimbaud, Le bateau ivre...

Saturday, 2 February 2008

La fenêtre de la maison paternelle...


Autour du toit qui nous vit naître
Un pampre étalait ses rameaux;
Ses grains dorés, vers la fenêtre,
Attiraient les petits oiseaux.

Ma mère, étendant sa main blanche,
Rapprochait les grappes de miel,
Et les enfants suçaient la branche,
Qu'ils rendaient aux oiseaux du ciel...

Alphonse de Lamartine, Troisièmes Méditations poétiques (1849)